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Une femme fantastique

Un film de Sebastián Lelio
Avec Daniela Vega, Francisco Reyes, Luis Gnecco, Amparo Noguera, Aline Küppenheim
Drame | Chili, Allemagne, Espagne, Etats-Unis | 2017 | 1h 44min
Ours d'argent du meilleur scénario et 7 autres nominations. Berlinale 2017. , Grand prix et prix de la Jeunesse. Festival du Film de Cabourg. 2017
Regarder d'autres reflets que le sien dans le miroir
Marina et Orlando s'aiment. Il décède brutalement. Sebastián Lelio raconte l'histoire d'une femme fantastiquement intelligente face à la médiocrité de sa belle famille. Le réalisateur, après Gloria (avec Paulina García, 2013), dresse le portrait d'une autre sage guerrière tout en questionnant et dénonçant un fonctionnement sociétal castrateur.

L'actrice principale Daniela Vega (La visita de Mauricio López Fernández, 2014) interprète le rôle de Marina. Une jeune femme transgenre mais dont l'âge et le genre ne sont discriminatoires que pour les autres personnages. Le réalisateur, Sebastián Lelio, n'en a que faire, sa manière d'affronter la situation est bien plus essentielle. Ainsi, Lelio parvient à questionner notre relation à l'identité et à son image. Marina mène son quotidien entre son job de serveuse dans un restaurant familial, la pratique du chant et le deuil d'Orlando (Francisco Reyes vu dans Neruda, Machuca, El Club). En filigrane, un amour dévoilé avec pudeur, en musique, en regards, en baisers enviables. L'amour drape la situation initiale et accompagne chaque séquence, demeurant incontestable malgré les duels qui s'enchaînent : Marina et l'ex-femme « à qui il ne manque rien », Marina et le fils aîné « lâche », Marina et le frère condescendant d'Orlando. La mise en scène est époustouflante car aussi hybride : romantique, thriller, comédie musicale. La recette de l'expérience fonctionne : Daniela Vega, actrice débutante et chanteuse lyrique transgenre, défie les pointures du cinéma chilien actuel comme Luis Gnecco (El bosque de Karadima, Neruda), Aline Küppenheim (Las mujeres de Neruda) ou encore Sergio Hernández (El año del tigre). Une femme fantastique s'inscrit tel un Cheval de Troie dans une synergie cinématographique large, pas seulement LGBTQI.

Rien d'objectif dans cette proposition : la focalisation s'implante depuis l'intelligence de Marina pour la sublimation poétique de ses combats contre l'intolérance de la famille, la perversité de tous. Des séquences en apesanteur pour mieux nous faire comprendre la grandeur de Marina, la soi-disant « chimère ». Des chorégraphies musicales s'enlacent précieusement contre la violence des entendements absurdes. Sebastián Lelio impose un portrait d'une grande véracité qui empêche de détourner notre regard. Les réflexions sur l'identité sont ici reflétées par de nombreux miroirs, fenêtres, vitres qui fabriquent la double image des personnages. L'identité n'est finalement qu'un élément qui virevolte. Marina est une Vénus bienveillante, la mère véritable, transcendantale.

Les risques pris sont bien réels : sommes-nous prêts à recevoir ce film? Les références à d'autres artistes sont reconnaissables et permettent l'ancrage de cette réalisation dans un référentiel indéniable : les plans serrés des personnages aux lunettes noires de Pedro Almodóvar, la force de la féminité digne comme dans le récent Paulina de Santiago Mitre ou encore la touche du réel fantastique de Pablo Larraín qui est aussi l'un des producteurs du film. La bande-son construit l'harmonie d'une page qui se ferme dans la vie de Marina grâce au génie de Matthiew Herbert (album Scale, 2016). Une bande-son variée qui démontre aussi que le cinéma au Chili est libre dans ses choix créatifs. Rien n'est superflu. Le langage cinématographique est largement exploité au service d'un personnage qui nous donne envie d'être, tout simplement.

Les Rédacteurs. 

Publié le 11 juillet 2017. 


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