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L'Académie des muses

Un film de José Luis Guerin
Avec Raffaele Pinto, Emanuela Forgetta, Rosa Delor Muns, Mireia Iniesta, Patricia Gil
Drame | Espagne | 2015 | 1h 32min
Giraldillo d'Or au Festival de Cinéma Européen de Séville 2015
Une construction depuis la liberté

La filmographie de José Luis Guerin, une vingtaine de réalisations, des documentaires, des courts-métrages et quelques fictions, est, sans aucun doute, l’œuvre d’un oiseau rare dans le panorama cinématographique espagnol. Guerin est l’un des représentants, tout comme Isaki Lacuesta, d’un cinéma minoritaire toutefois, terriblement séduisant dans ses interrogations.

Film vu à l'occasion du 21ème Festival Cinespaña de Toulouse, du 30 septembre au 9 octobre 2016.

Le samedi 2 avril 2016. 

La carrière cinématographique de Guerin débute en 1984 avec Los motivos de Berta mais il émerge dans l’horizon documentaire en 2001 avec En construcción. Cette création lui permet d’obtenir cette année-là le Goya du meilleur documentaire, le Prix Spécial du Jury du Festival de San Sebastián et le Prix National de Cinématographie. Ce succès lui apporte de nombreux projets documentaires. Le cinéaste, ne choisissant pas la facilité, s’est dirigé vers l’innovation. C’est ainsi que nous arrivons en 2015 à la réalisation de L’Académie des muses (La Academia de las musas) aussi singulier qu’inclassable. Ce film lui permet de nouveau d’être applaudi par la critique et de recevoir le Giraldillo d’Or au festival de Cinéma Européen de Séville, une première pour un film espagnol. Cette œuvre hybride mêlant fiction et documentaire questionne la véritable nature de l’amour et son éventuelle origine poétique. Il évoque en outre d’autres thèmes tout aussi propices à des questionnements tels l’inspiration, la poésie, le mot et sa valeur, la nature. 

Le film démarre avec l’idée utopique d’un professeur d’université, Raffaele Pinto qui se propose de convaincre une série d’élèves afin qu’elles s’exercent à devenir muses. Il envisage ainsi une régénération du monde par la poésie ; les références à la littérature classique comme Dante sont nombreuses. A partir des réflexions engagées dans les successives classes magistrales entre élèves et enseignant et se poursuivant chez ce dernier avec sa femme, fervente critique de son approche pédagogique, le film évolue vers la fiction. Dans un style simple et direct, et renonçant à tous types d’artifices, le spectateur appréhende les peurs et les désirs de chacun des personnages au rythme des dialogues. La multiplicité de cet exercice se concrétise par des plans courts qui serrent majoritairement les visages et nous dévoilent sans argutie leurs hypnotiques mécanismes internes. Le recours aux superficies vitrées qui s’interposent entre les personnages, permet l’obtention d’images de grande beauté et de songerie.

Par ailleurs, la talentueuse narration de cette réflexion philosophique et artistique est renforcée par le grand atout du film : la sincérité. Elle émane des acteurs non professionnels qui, élèves et professeur dans la réalité, jouent leur propre rôle, ce qui donne une expérimentation fictionnelle de grande profondeur. Saluons enfin ce qui est certainement à l’origine de la qualité de L’Académie des muses : sa totale indépendance économique. Le film n’a bénéficié d’aucune subvention et le scénario en ressort prompt à questionner librement le langage cinématographique et les propres fondements de notre société.

 


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