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Ärtico

Ärtico

Un film de Gabriel Velázquez
Avec Víctor García, Juanlu Sevillano, Débora Borges
Drame | Espagne | 2014 | 1h18
Violette d'Or, Festival Cinespanã de Toulouse 2014, Mention Spéciale du Jury Génération, Festival international du film de Berlin 2014
Ärtico : "Sans famille, on n’est personne"
Avec Ärtico, Gabriel Velázquez clôt sa réflexion en trois actes sur la famille et la solitude. Un an après son triomphe à Cinespaña (le festival toulousain du cinéma espagnol) et sa distinction à Berlin (Mention Spéciale du Jury Génération), Ärtico sort enfin dans nos salles le mercredi 11 novembre 2015.
Adoptant les codes du cinéma quinqui (genre né dans les années 80 en Espagne et ayant pour sujet la jeunesse délinquante), Gabriel Velázquez enrichit son film d'une sensibilité esthétique assez rare dans ce cinéma. La photo, d'une limpidité époustouflante, doublée d'une bande-son palpitante au sens premier du terme, font que ce troisième volet et son propos se distinguent particulièrement dans le panorama de ce genre cinématographique.

Dans Ärtico, on retrouve Simón et Jota, les deux héros de Iceberg (2011). Ils ont grandi, ne vivent plus dans la rue et tentent de donner un vernis de "normalité" à leur vie. À peine sortis de l'adolescence et déjà parents ou sur le point de le devenir, leur quotidien se construit autour de combines et de trafics qui leur sont familiers : larcins organisés, recel, trafic de drogue... Sans autre référence que la marge de la société et dans une Espagne en crise, Simón et Jota sont incapables d'envisager d'autres solutions pour assurer un revenu à leurs familles respectives. Les symboles de la norme sociale, la maison, la voiture, une femme, un enfant, sont, à leurs yeux, non pas les conséquences d'une amélioration de leur statut mais les outils pour parvenir à cette amélioration, un moyen d'intégrer cette société qui les a systématiquement rejetés. Mais de la délinquance à la violence, il n'y a qu'un pas facilement franchi quand la pression se fait trop lourde.

Cependant, ce que l'on retiendra de Ärtico n'est pas seulement le drame qui se met implacablement en place ; l'effet serait facile et assez commun dans ce genre cinématographique. Associé à une bande-son très particulière de Eusebio Mayalde et Pablo Crespo, ce qui distingue ce film, c'est le puissant contraste entre décors et personnages, entre cadre et propos. Même s'il est difficile ici de parler de musique, le fond sonore sculpte le film de son rythme et nourrit sa dimension tragique au même titre que le cadrage ou la photo. Signée David Azcano, celle-ci est un plaisir à chaque plan, de véritables tableaux. Portraits, plans extérieurs d'une nature magistralement indifférente, intérieurs filmés dans des bâtiments froids et déshumanisés, tout mène à l'écrasement des personnages. On est à Salamanque (Patrimoine Mondial de l'UNESCO) mais on pourrait être n'importe où en Espagne. On est dans cette espèce de no man's land commun à de nombreuses villes espagnoles, entre campagne et cité, entre village et zone d'activités. Chacun de ces plans majestueux sert de décor à la misère sociale, à la brutalité, voire la bestialité, et accentue l'aspect dérisoire des personnages et de leurs luttes.

Sans que le schéma ne tombe dans la caricature, l'Espagne de castes est là, bien présente, bien étanche : les riches, les gitans, les délinquants... Pas de classe moyenne représentée, la crise encore et toujours. Les racines, l'identité profonde de l'Espagne et sa culture imprègnent le film et se transmettent de génération à génération. La continuité en tant que revers positif du déterminisme social ?

Marie NOT-BRIEZ

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