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D'amour et de dettes

D’amour et de dettes

Un film de Francisco Avizanda
Avec Ariadna Cabrol, Mikel Losada, Juanma Díez, Alfonso Torregrosa, Marta Juániz
Drame | Espagne | 2014 | 1h35
D’amour et de dettes : pauvre petite fille riche !
Après On verra demain en 2010, le second long-métrage du navarrais Francisco Avizanda arrive sur nos écrans le 13 mai 2015. Coproduit par la chaîne basque Euskal Telebista, Izaba Films, Muxika et Fair Films, D’amour et de dettes est à nouveau distribué par Hevadis.
Documentariste pour la télévision espagnole, Francisco Avizanda est venu à la fiction sur le tard, signant son premier long-métrage à 55 ans, Hoy no se fía, mañana sí : un film réaliste et courageux sur l’Espagne franquiste des années 50 , passé inaperçu dans son pays d’origine, mais qui a connu une jolie carrière dans les festivals de l’Hexagone. On attendait donc beaucoup de son deuxième opus, d’autant que, à travers le destin contrarié du personnage de Rebeca (Ariadna Cabrol), Avizanda a choisi de mettre à nouveau le doigt sur un sujet sensible : la corruption urbanistique en Espagne et ses dommages collatéraux, à savoir la profonde crise économique et sociale que traverse le pays. Au cœur des magouilles de l’intrigue, Monteayor, "Ciudad del Juego" et futur casino de l’Europe, est une référence à peine voilée au projet Eurovegas, finalement avorté en 2013. Mais les bonnes intentions ne suffisent hélas pas à faire les bons films, et force est de constater que la déception est de taille.

Certes, on retrouve dans D’amour et de dettes (en VO Sapos y culebras, "Crapauds et couleuvres") des thématiques et des préoccupations déjà présentes dans le premier film du réalisateur : une société en proie à une crise éthique et morale, des rapports humains gangrenés par le mensonge et la trahison, un triangle amoureux aux relations ambiguës, des personnages pervers et manipulateurs aux motivations troubles -cupidité, arrivisme, vengeance-, victimes d’un système dont ils profitent mais qui finit par les broyer.

Pourtant, cette fois, la sauce ne prend pas. D’abord parce que, contrairement au personnage de Gilda (Carolina Bona) dans On verra demain, il est difficile d’éprouver de l’empathie pour Rebeca. Fille à papa, étudiante d’une prestigieuse école de commerce, issue d’une caste de privilégiés dont certains rejetons sont déjà entrés en politique, riche, belle, elle a tout. Du coup, on se réjouirait presque de sa déchéance, dont aucun épisode ne nous est épargné : carte bancaire avalée, expulsion de l’appartement paternel puis de l’école, panne de voiture… Rejetée par ses riches amis dès lors qu’elle n’a plus le sou, contrainte de voler, Rebeca voit sa bulle éclater. Le problème est qu’on n’y croit pas une seconde, pas plus qu’on ne croit à sa subite histoire d’amour (deux scènes et c’est emballé) avec le journaliste Tino (Juanma Díez). La faute à des personnages mal dirigés, souvent caricaturaux, manquant de profondeur et de nuances, à un scénario aux enjeux confus, construit par à-coups, avec des séquences inutiles à l’intrigue, à des révélations qui n’en sont plus tant elles sont prévisibles et tardent à venir, et à une esthétique de série télévisée.

Francisco Avizanda avait la louable intention de dénoncer l’immoralité des gens de pouvoir et, à travers l’exemple de Rebeca, dont le seul but est de retrouver sa position sociale, de montrer que cette immoralité se reçoit en héritage. Mais plutôt que d’éveiller les consciences, il les noie dans un méli-mélo de sujets sans se décider pour aucun : la corruption des élus, la spéculation immobilière, la responsabilité des banques, les journalistes au service du pouvoir, l’ambition, la roue de la fortune qui tourne, la précarité de la vie, le surendettement, les procédures d’expulsion… Un film qui aurait pu être une belle métaphore de l’Espagne des années 2000. Dommage.

Christelle Guignot


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