Films

Affiche de Blackthorn

Blackthorn

Un film de Mateo Gil
Avec Sam Shepard, Nikolaj Coster-Waldau, Stephen Rea, Magaly Solier, Eduardo Noriega
Western | Espagne, France, Etats-Unis | 2011 | 1h32
Sortie en DVD le 01 Février 2012

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Dernière chevauchée

Dix ans après Jeu de rôles (Nadie conoce a nadie), Mateo Gil, le scénariste d'Alejandro Amenábar, revient là où l'on ne l'attendait pas, avec un western revisitant l'histoire de Butch Cassidy.

Butch Cassidy (1866-1908) est une légende aux Etats-Unis. Bandit de grands chemins, il s'attaquait aux banques et pillait les trains en compagnie d'une bande de malfrats appelée la Horde Sauvage (Wild Bunch) à laquelle appartenait également Sundance Kid, alias Le Kid. Certains attribuent à leurs forfaits une dimension politique, une manière de s'opposer aux grands éleveurs et aux banques qui s'accaparaient les terres du Grand Ouest. Les membres de la Horde Sauvage furent progressivement capturés et décimés par les forces de police et les hommes de l'agence Pinkerton. Il manquait tout de même à leur tableau de chasse Butch Cassidy, Le Kid et Etta Place (compagne du Kid), qui s'étaient fait la malle en Argentine en 1901. La chasse à l'homme se poursuivit et le parcourt intrépide de Cassidy aurait pris fin en 1908, en Bolivie, suite à l'attaque d'un convoyeur de fonds. En 1969, le réalisateur George Roy Hill immortalisa la légende dans Butch Cassidy et Sundance Kid avec Paul Newman et Robert Redford dans les rôles titres. Mais de nombreuses rumeurs disent que Cassidy ne serait pas mort en 1908 et qu'il aurait même vécu 30 ans de plus.

Western dans l'Altiplano bolivien

Mateo Gil est parti de cette hypothèse pour s'imaginer la vie de ce malfrat après six décennies d'existence. Cassidy, interprété par Sam Shepard, vit toujours en Bolivie sous le pseudonyme de James Blackthorn. Il est devenu éleveur de chevaux et possède une ferme. Installé dans un région isolée, il entretient une relation amoureuse avec Yana (Magaly Solier), une jeune bolivienne. Il a gardé contact avec Etta Place qui est rentrée depuis bien longtemps aux Etats-Unis. Dans une lettre, celle-ci lui apprend qu'elle va bientôt mourir en laissant son fils esseulé (celui du Kid ?). Blackthorn se met alors en tête de rentrer aux Etats-Unis pour s'occuper de ce jeune homme et terminer ses jours là-bas. Après avoir récupéré une somme importante d'argent, il se fait attaquer en plein désert. Pris de panique, son cheval prend la fuite avec la cagnotte. Il pense dans un premier temps liquider son agresseur blessé, un ingénieur espagnol dénommé Eduardo (Eduardo Noriega), mais se ravise lorsque celui-ci lui propose de partager un butin volé à un important mafieux bolivien. Poursuivis, les deux hommes tentent d'échapper à une mort qui semble certaine.

Cette chevauchée va permettre au réalisateur de déployer la palette graphique du Western en apportant la splendeur et la singularité de l'Altiplano bolivien situé à plus de 3500 mètres d'altitude. Les vastes étendues désertiques sont tapissées de petits arbustes tandis que des montagnes majestueuses s’élèvent en second plan. Des dunes de sable et le fameux Salar de Uyuni, le plus grand désert de sel au monde, viennent clore ces paysages aussi hostiles que magnifiques. Cette course poursuite fait remonter à la mémoire de Cassidy ses souvenirs, illustrés par des flashbacks, de sa « grande époque » ainsi que ceux, moins agréables, de la chasse à l'homme qu'il a subie en Amérique latine. Le vieil homme, buriné par le temps, n'a rien perdu de son humour et de sa superbe. Sa vivacité d'esprit leur permet d'échapper à des poursuivants qui sont toujours filmés de loin, comme des ennemis désincarnés, sans âme.

C'est ici que l'on retrouve la patte scénaristique de Mateo Gil, celle de Tesis, d'Ouvre les yeux, des Autres, d'Agora, des films appartenant au thriller et au fantastique qu'il a écrits pour son ami Alejandro Amenábar. Les scénarios de Mateo Gil fonctionnent sur le mode du doute sur l'identité des personnages et sur le renversement des croyances. Le réel n'est pas ce qu'il semble être. Souvenez-vous par exemple des doutes permanents qui habitent le spectateur sur la réalité des fantômes dans Les Autres. Blackthorn utilise de la même manière ce procédé sans toutefois arriver à une telle intensité. Tout d'abord, Butch Cassidy ne délivre pas sa vraie identité à l'ingénieur espagnol. La désincarnation des ennemis nous fait ensuite douter de leurs réelles motivations. Pourquoi tant de persévérance et cette sorte d'abnégation à mourir sous les balles ? Par ricochet, on s'interroge sur la fiabilité du récit d'Eduardo. Ce jeu de poker menteur trouvera bien sûr un aboutissement mais l'on regrette l'absence de véritables effets de mise en scène autour de ce nœud narratif. Cette cavalcade dans le désert bolivien se déroule dans une certaine platitude et l'on ne trouve finalement que peu d'intérêt à découvrir la vérité. Restent les décors splendides et la présence saisissante de Sam Shepard, qui se fait le digne héritier des cowboys mélancoliques des westerns crépusculaires de Sam Peckinpah.

Thomas Tertois


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