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Affiche Queen size bed

Queen size bed

Un film de Emilio Martinez Lazaro
Avec Ernesto Alterio, Guillermo Toledo, Alberto San Juan, Pilar Castro, María Esteve
Film musical | Espagne | 2007 | 1h48
Sortie en DVD le 05 Décembre 2007
Chute du lit
Los dos lados de la cama (Les deux côtés du lit) est la suite de El otro lado de la cama (L'autre côté du lit), sorti en 2002. C'est aussi une comédie musicale, donc un double exercice de style pour son réalisateur Emilio Martinez Lazaro. Le résultat a déjà fait un carton en Espagne, avec 1,5 million d'entrées. L'utilisation de vieux tubes populaires des années 80 en illustration de la vie sentimentale compliquée des personnages fait songer à On connaît la chanson, d'Alain Resnais. La comparaison s'arrête là.
Quatre personnages sont au centre de ce qui a tout du vaudeville. Ils sont censés avoir mûri, trois années après les péripéties du premier opus. Javier et Marta s'apprêtent à se marier ; leurs meilleurs amis, Pedro et Raquel, ont vaguement dans l'idée d'en faire de même mais s'abstiennent encore. Dès les premières scènes, tous sont à table. Il y est question du mariage. L'ambiance est tendue. Les deux femmes partent aux toilettes, où l'on découvre qu'elles sont lesbiennes. Le lendemain, le mariage n'a pas lieu, Marta prend la fuite, Raquel la couvre, puis quitte rapidement Pedro. Elles se retrouvent finalement en secret pour vivre pleinement leur histoire d'amour passionnelle. Dès lors, les deux hommes se retrouvent seuls et malheureux, livrés à eux-mêmes, ignorants de ce qui se trame entre leurs deux compagnes. Un peu comme des cons. La moquerie est facile, le comique de situation mal exploité. Le secret, de manière attendue, est révélé.

Globalement, les personnages ne sont que moyennement convaincants. Le jeu d'acteur manque de profondeur, malgré un plaisir certain pris à danser et chanter. Les chorégraphies, dans la lignée de la Star Academy, confinent à des danses hollywoodiennes qui manquent cruellement d'originalité. Quant à la musique... on reconnaît bien les chansons d'Alaska, égérie transexuelle des années 80 que tous les jeunes Espagnols ont bue au biberon – elle est notamment l'auteur de la musique du générique de La bola de cristal, émission culte pour bambins, autant que peuvent l'être Casimir et son Gloubiboulga pour les voisins français. On sent donc le gros revival qui tâche et qui assure le succès commercial auprès de la fameuse cible des jeunes actifs trentenaires. La version cabaret de Bailando, en introduction du film, perd ainsi clairement de son jus disco. Et les versions en forme de medley de Ni tu ni nadie et de Como pudiste hacerme esto a mi en conclusion, achèvent le spectateur dans un bortsch de sentimentalisme. On peut voir une trahison de l'esprit trans-disco-glam subversif dans ce film standardisé, destiné à passer les frontières et à se vendre partout.

En marge du quatuor, un seul personnage semble tirer son épingle du jeu. Rafa, l'un des meilleurs amis de Javier et de Pedro, est le stéréotype du beauf vieille Espagne profonde. Macho jusqu'à la cravate de cowboy, il est de surcroît cocu jusqu'au trognon. Il est parfaitement drôle. Censé servir de contre-feu, voire de faire-valoir aux Espagnols modernes que sont ses deux amis, il ne fait qu'amplifier la désespérante fadeur qui émane de cette modernité. « Espana se acaba », dit-il virulemment, comme dirait « il n'y a plus de saisons » une certaine Mme Michu...

On ne vous raconte pas la fin ni la manière dont le vaudeville se démêle. Ce serait définitivement assassiner le film et ne laisser aucun intérêt pour aller le voir. Disons que ça vaut le coup, ne serait-ce que pour la curiosité de voir ce qui a rempli les salles espagnoles, d'observer comment on ne résiste pas aux standards cinématographiques mondiaux, même en Espagne.

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