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Affiche Les Borgia

Les Borgia

Un film de Antonio Hernandez et Luciano Capozzi
Avec Sergio Peris-Mencheta, Lluis Homar, Maria Valverde, Paz Vega, Ángela Molina, Sergio Muniz
Film historique | Espagne | 2005 | 2h26
Sortie en DVD le 22 Mars 2012
Les Borgia : Sexe, mensonges et papauté
Evoquer les Borgia revient à réviser le conditionnel. Il faut dire qu'ils se sont employés à laisser planer le doute sur chacun des événements de leurs vies.
Avoir choisi d'être élu Pape le 11 août 1492 sous le nom d'Alexandre VI serait de la part de Rodrigo de Borja une sorte de provocation, Alexandre V étant considéré comme un antipape par l'Eglise. Les Borja devraient leur enrichissement au crime (là on peut passer au conditionnel...) : « Offrir la pourpre de cardinal rapportait gros. L'assassinat ensuite encore davantage, tous les biens d'un cardinal revenant au Pape » (J.M. Rosay, La véritable histoire des papes, 1991). Sa Sainteté aurait organisé au Vatican des nuits orgiaques. César, son fils, aurait assassiné son frère Juan par jalousie, il aurait eu des relations incestueuses avec sa sœur Lucrèce, etc...

Au milieu de cet imbroglio, que fallait-il privilégier ? Antonio Hernández s'y est confronté et nous donne sa réponse dans le film Les Borgia. « La vie de Rodrigo, nous dit-il, et de ses enfants Juan, César, Lucrèce et Jofré a été mêlée à tellement de complots qu'il fallait choisir : qu'inclure dans le film ? La réponse est venue très rapidement : la famille (...). Il est devenu clair que le pouvoir, la vengeance, le crime et la politique étaient au service d'un plan très ambitieux : la réussite de la famille. » Ils se seraient donc surpassés dans les domaines précités au nom de l'amour familial (encore un conditionnel...). Sans doute aussi que pour résister aux assauts extérieurs des rivaux, il fallait faire bloc. Ils n'avaient pas le choix.

En témoigne l'usage éhonté fait de Lucrèce, morte à 39 ans après trois mariages et huit grossesses. Elle est peut-être le personnage le moins convaincant du film, au milieu de cette quadrette d'hommes, son père et ses frères. On peine à la voir se contenter d'être cette ingénue, pas même libertine - poupée de cire, poupée de son - qui se laisse ballotter au gré des volontés paternelles ou fraternelles. C'est un « sois belle et tais toi », impensable dans le concert familial. Lucrèce (María Valverde) fait pâle figure aux côtés de Sancha (Linda Batista), agressive et indépendante, et surtout de Caterina Sforza (Paz Vega), rebelle et indomptable qui sait regarder César d'homme à homme et mettre en échec son pouvoir de domination. Sa frêle silhouette tient le rôle à bout portant !

Côté hommes, on peut saluer Lluis Homar qui, en Alexandre VI, ne se départit pas d'un sourire de satisfaction à peine esquissé mais froidement ironique, tout à fait conforme au personnage et à son machiavélisme. César, interprété par Sergio Peris Mencheta, devient tout au long du film de plus en plus noir. Regards noirs, cheveux noirs, barbe noire, costumes noirs... cœur noir, âme noire... Machiavel se serait inspiré de ce personnage pour écrire Le Prince, ce que Hernández suggère fort bien en insistant à la fin du film sur ce titre donné à César. Quant à Juan (Sergio Muñiz), il doit être beau, il est beau. Jolie famille en somme, qui illustre à merveille ce qui a été dit des Borja : « ...ne connaît ni loi ni divinité (mais) l'or, la violence et l'empire de Vénus ».

Film historique de facture classique, il retranscrit l'atmosphère de rivalités et de violence dépourvue de tout scrupule de cette fin du XVe siècle. C'est le projet que s'était donné Antonio Hernández : « Je souhaitais présenter au public la vraie histoire des Borgia, la rendre aussi précise que possible... ». Mission accomplie ! Enfin, dans les limites du possible !

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