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Affiche Dans ses yeux

Dans ses yeux

Un film de Juan José Campanella
Avec Ricardo Darín, Soledad Villamil, Guillermo Francella, Pablo Rago, Javier Godino, José Luis Gioia
Drame | Espagne, Argentine | 2009 | 2h09
Oscar 2010 du Meilleur film étranger, 2 Goya en 2010
Sortie en DVD le 22 Septembre 2010
Le passé revient toujours
Le réalisateur argentin Juan José Campanella signe avec Dans ses yeux un film abouti, récompensé par l'Oscar du meilleur film étranger et le Goya du meilleur film latino-américain. Le cinéaste se plaît à jouer avec les genres, mêlant au film noir la romance et l'humour, autour d'une enquête judiciaire dans l'Argentine des années 70.
« N'y pense plus », voilà le conseil que reçoit invariablement Benjamin Esposito (Ricardo Darín) lorsqu'il décide d'écrire sur une vieille affaire criminelle. 25 ans ont passé mais ce greffier à la retraite ne peut s'empêcher de vouloir remonter le fil de cette enquête judiciaire trouble. Une obsession qu'il explique par cette image, gravée dans sa mémoire, du veuf Morales (Pablo Rago) pétrifié depuis l'assassinat barbare de son épouse : « C'est comme si la mort de sa femme, dit-il, l'avait laissé prisonnier pour toujours. Tu devrais voir ses yeux. Ils sont dans un état d'amour pur ». Cette focalisation est aussi pour Benjamin une manière de renouer avec Irene (Soledad Villamil), sa jeune supérieure de l'époque, une femme qu'il aime éperdument.

C'est à partir de cette trame romantique et policière que Juan José Campanella tisse avec adresse un film puisant son inspiration dans le meilleur du cinéma américain classique. Il en détourne quelque peu les codes en donnant à ses personnages une chaleur dont sont dépourvus les femmes fatales et les sombres détectives hollywoodiens. On retrouve ici l'auteur de El Hijo de la novia et de La Luna de Avellaneda qui séduisait par la simplicité (parfois folklorique) de ses personnages et la truculence des dialogues. Un talent de dialoguiste dont profite largement Dans ses yeux qui, pour bavard qu'il soit, ravit par la volupté des échanges et l'humour qui en émane. Ricardo Darín, acteur fétiche du réalisateur, n'est pas pour rien dans cette affaire. Il peut également compter sur Guillermo Francella, formidable second rôle, interprète de Sandoval, l'assistant et ami de Benjamin, qui navigue entre l'ivrogne au fait des meilleures brèves de comptoir et l'enquêteur saisi par des éclairs de génie.

S'éloignant parfois du registre classique, Campanella s'offre une course poursuite fascinante d'un point de vue esthétique et technique. Cette séquence semble être tournée en un seul plan alors que le cadre débute sur une vue d'ensemble d'un stade de football pour se terminer cinq minutes plus tard après maintes péripéties. Une scène que l'on croirait inspirée du fameux plan-séquence qui ouvre Snake eyes de Brian de Palma.

Dans son travail d'écriture et de mémoire de faits remontant à 25 ans, Benjamin soulève en filigrane le douloureux passé de son pays. C'est qu'entre 1974, date de l'assassinat, et l'arrestation du coupable, l'Argentine est passée sous le joug des généraux. Cette dictature a transformé le cours de sa vie, celui de la justice et du peuple argentin. Mais faut-il revenir sur le passé ? Les blessures personnelles et collectives peuvent-elles se refermer ? Telles sont les questions que semble poser le réalisateur à l'heure où le juge Baltazar Garzón est attaqué en Espagne pour abus de pouvoir après avoir ouvert une enquête sur la « disparition forcée », pendant et après la Guerre Civile, de milliers de Républicains espagnols.

Thomas Tertois


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