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Los adioses

Un film de Natalia Berristain Egurrola
Avec Karina Gidi, Daniel Giménez Cacho, Raúl Briones
Drame | Mexique | 2016 | 1h25
Festival de Cinéma de Rome, Prix du Public Long Métrage de Fiction, 15ème Festival International de Cinéma de Morelia, Mexique
L’éternelle lutte des femmes entre création et féminité , dans le Mexique des années soixante : un portrait de Rosario Castellanos intime et moderne.
Quatre années ont été nécessaires à la mexicaine Natalia Beristain (née en 1981) pour mener à terme son projet, à la fois personnel et professionnel ; quatre années dont deux de documentation, menée à la fois par elle, ses scénaristes et ses acteurs. C'est dire que le projet lui tenait à cœur, concernée qu'elle est par l'éternel dilemme : comment concilier féminité et création ? Comment être poétesse, écrivain, féministe et épouse, amante et mère? Comme Rosario...
Le portrait de la figure littéraire mexicaine Rosario Castellanos (1925-1974) est abordé sur le plan intime, donc ; il s'agit de sa rencontre, puis de sa relation amoureuse et conjugale avec Ricardo Guerrapendant 18 ans (les images de la fin nous montrent d'ailleurs la vraie Rosario, seule, décédée à l'âge de 49 ans). Les nombreuses lettres à son époux ont servi de base au film, mais aussi les écrits de Rosario, des entrevues avec des personnes qui les ont connus. Il s'agit d'un biopic, certes, mais avec une large part de fiction.

Deux acteurs et deux actrices incarnent les deux amants-époux-écrivains ; les nombreux flash-back nous montrent l'attirance, la sensualité, la passion mais aussi les points communs entre ces deux figures littéraires du Mexique. De la jeune et brillante étudiante qui part étudier à l'étranger à l'écrivain et poétesse reconnue, des amants au couple d'intellectuels, de la complicité à la rivalité.

Car la rivalité entre les deux penseurs est rapide : Ricardo, professeur de philosophie, est d'abord fasciné, flatté puis agacé par la prolixité et la popularité de son épouse : « Tu ne sais qu'écrire et écrire », lui reproche-t-il. Les hommages à son épouse lui font de l'ombre, et rapidement au plan personnel et quotidien la relation de couple se détériore. La relation est conflictuelle, malgré la naissance d'un enfant.

La situation serait banale et quotidienne sans la fragilité de la femme, partagée entre différents désirs, différentes exigences, qui sert de moteur à l'écriture. Sa difficulté à trouver et imposer sa place en font un personnage moderne et d'actualité aujourd'hui, qui concerne non seulement toutes les femmes, mais toute la société. Sa blessure créatrice est à la fois personnelle, ancrée dans une époque, mais aussi inconditionnelle de la condition féminine.

Les nombreux plans serrés, en champ et contre-champ, de très belles images, la rivalité mise en scène comme la sensualité, un jeu parfait des principaux acteurs -Karina Gidi, Daniel Giménez Cacho les adultes, et Tessa Ia et Pedro de Tavira Egurrola jeunes-, une reconstitution des costumes, ambiances de l'époque, un parallélisme inévitable avec une autre figure française du féminisme sont les principales qualités de ce second long-métrage qui a eu le succès escompté au festival mexicain de Morella, et à la fête du cinéma de Rome récemment.

On pourrait juste regretter une absence presque totale de contexte politique ou social, dans ce portrait de l'intimité très réussi, qui fait de ce conflit un sujet universel : la difficulté d'être une femme et une créatrice, la solitude restant le lot inévitable.

Film vu aux 19èmes Regards sur le cinéma espagnol et latino-américain, Valence. Mars 2018. 

Françoise-Claire Buffé-Moreno


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