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Mala junta

Un film de Claudia Huaiquimilla
Avec Andrew Bargsted, Eliseo Fernández, Francisco Pérez-Bannen, Francisca Gavilán
Drame | Chili | 2016 | 1h 29min
Grand Prix, Festival National de Valdivia 2016, Prix du Public Fiction, Cinélatino Toulouse 2017, Prix des Lycéens de la fiction, Cinélatino Toulouse 2017
Etre mieux ensemble
Premier long-métrage de la talentueuse Claudia Huaiquimilla, jeune chilienne d'origine mapuche. Trois hommes et la terre du sud, San José de la Mariquina (Province de Valdivia). De quoi se poser face à un autre continent et réfléchir sur la relation filiale au sens large.
Faire valoir l'existence...

C'est l'histoire de Tano, un petit délinquant, mineur (interprété par Andrew Bargsted, vu dans Locas perdidas de Ignacio Juricic en 2015, Nunca vas a estar solo de Alex Anwandter en 2016 et Marilyn de Martín Rodríguez Redondo, 2018), dont le père se responsabilise après plusieurs années à distance (Francisco Pérez-Bannen, vu dans Sexo con amor en 2003 de Boris Quercia et dans la série Secretos en el jardín, 2013-2014). Il le prend sous son aile, loin de la ville, dans la région des Mapuche, là où il réside. Rapidement, tentant de mettre en place la même mécanique de petit dur, ce fils en lutte avec lui-même et les autres, rencontrera Cheo, un jeune Mapuche interprété par Eliseo Fernández déjà présent dans le premier court de la réalisatrice en 2012, San Juan, la noche más larga et dans Fóra de Pablo Cayuela et Xan Gómez Villas en 2012. Ils sont différents car uniques mais deviendront proches, les deux d'une même admirable noblesse d'âme. Ils trouveront l'un dans l'autre de quoi apaiser leur crise d'adolescence et s'ouvriront à l'amitié sincère. Ils se comprendront, en peu de mots, s'affronteront et se soutiendront dans de nombreux regards. La réalisatrice, par une photographie aux imperfections accordées (signée par Matias Illanes, très peu de gros plans sur les visages, des plans sur l'environnement qu'on aurait aimé voir plus larges et plus accusateurs en ce qui concerne la destruction totale du milieu par les usines à papier, une question de moyens certainement), propose un film réaliste sans rien imposer au spectateur.

...de la différence :

Première réalisation de Claudia Huaiquimilla et nous voici face à une nouvelle approche du peuple Mapuche et de la resistance qu'il oppose aux multinationales dans la Province de Valdivia, où s'est tourné le film. Pas d'approche frontale de la problématique des Mapuche. Pas d'images incisives aux allures de documentaire impersonnel mais poétiques oui, pas d'immersion voyeuse mais un regard proche de la terre et des Hommes qui la respectent. C'est une invitation à la réflexion personnelle qu'elle a réussi à fabriquer. Elle ne tombe pas dans les pièges du film folklorique ou d'adolescents rebelles ou encore du cinéma militant. Elle offre des plans lyriques, sur des durées qui pourront être perçues comme longues mais... pourquoi pas ? Là encore, il s'agit d'un montage très astucieux (Valeria Hernández), qui sert bien plus qu'on ne le croit le thème de l'existence de la jeunesse carencée chilienne (cf. Jesús-Petit criminel de Fernando Guzzoni, 2017) et à l'engagement politique du peuple Mapuche. Précisons ici une bande-son captivante signée José Miguel Tobar et Miguel Miranda (Cf. Los Vásquez, Many Many, Daniela Millaleo, Hecho a Mano). 

une problématique universelle.

La relation père-fils est extrêmement bien menée : les confidences, les reproches, la violence des fils, les silences des pères, l'engagement mutuel pour les uns, le mystère salvateur pour les autres. La mise en scène révèle deux jeunes acteurs prometteurs et confirme la légitimité de Francisco Pérez-Bannen sur la grande toile. Nous aurions aimé en savoir un peu plus sur les motifs de chacun des personnages mais là encore, la réalisatrice semble prendre le parti de donner libre cours à l'imagination du spectateur, ce qui nous laisse entendre que la problématique reliant tous les personnages du film est bien plus universelle. Mala junta ouvre une fenêtre sur la question de l'identité en lien avec la liberté de tous.

La relation filiale est réaliste, qu'elle concerne les liens du sang ou de la terre. Les scènes autour des traditions des Mapuche sont courtes et évitent le folklore touristique. La bande-son laisse entendre les enjeux et les douleurs qui marquent les luttes dites minoritaires. Voici un défi relevé avec délicatesse qui, nous l'espérons, permettra à Claudia Huaiquimilla et à son équipe de poursuivre la réalisation, production et distribution de films si précieux pour la paix intérieure et entre les peuples.

Les Rédacteurs


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