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Jericó, le vol infini des jours

Un documentaire de Catalina Mesa
Avec Cecilia Bohórquez, Manuela Montoya, Elvira Suárez, María Fabiola García, Luz Gonzáles
Documentaire | Colombie, France | 2016 | 1h 17min
Sélection officielle à HotDocs de Toronto en mai 2017, Sélection officielle au Pucp de Lima puis à Vancouver, Sélection pour Sao Paulo, DocAviv en Israel, Prix du Meilleur documentaire au Festival Cinelatino de Toulouse en 2017, Prix du Public au Docs Barcelona 2017
"Il faut vivre des espérances!"
Ce documentaire réalisé par la colombienne Catalina Mesa fait suite à sa promesse de rendre hommage à sa grande tante Ruth Mesa. Elle grave dans nos mémoires l'esprit de la Femme du département de Antioquia, au sud-ouest de sa capitale Medellín. Huit femmes nous livrent la recette de l'espoir, leur terre devient celle de toutes. Jericó, el infinito vuelo de los días est un documentaire chargé de futur!
Il était une fois « La Atenas del Suroeste »

Catalina Mesa rend hommage par ce documentaire à la terre promise qu'est le village de Jericó. Il n'a pas toujours été le berceau de la paix. Il a vécu de plein fouet le conflit armé. Le lieu est coloré, les fenêtres sont grandes ouvertes, les murs sont peints aux couleurs de l'arc-en-ciel, tout est doux et harmonieux. Un autre Macondo (Cf. Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez), une autre réalité magique. Rien d'agressif, juste très vitaliste. Les carriels se fabriquent et s'exposent -des sacs en cuir aux nombreuses poches portés par les paysans de la région-, symbole de la culture paisa, artisanat spécifique de Jericó. La femme première est représentée et vénérée, il s'agit de La Madre Laura, la première sainte colombienne. Qui pourrait s'imaginer un seul instant que ces terres et ces femmes aient pu vivre dans la terreur? Leur amabilité les convertit en étoiles scintillantes. Les femmes, les anciennes et les plus jeunes, sont reflétées dan le documentaire comme de généreuses boîtes de Pandore. Jericó nous montre qu'elles sont libres et que leur intimité est pure. Elles s'appellent Cecilia Bohórquez « La Chila », Manuela Montoya, Elvira Suárez, María Fabiola García, Luz Gonzáles, Licinia Henao, Ana Luisa Molina, Celina Acevedo, Laura Katherine Foronda, Luz Dora Henao, Rosa Margarita Velázques, Emilsen Ríos.

Là où le temps coule pour le bonheur de tous

A la manière de Saint Exupéry, les personnes que nous suivons s'inventent telles de Petites Princesses. Le vol de nuit devient le vol infini et la liberté reprend sa place. Celle des femmes et des hommes qui vivent le temps des vivants, même si leur peine les déchire encore. La durée dans le documentaire n'est qu'une impression, le temps est sûr et la musique, un battement d'aile de Teresita Gómez (célèbre pianiste colombienne), de Los Panchos ou de Lucho Bermúdez (quelques titres : Espíritu colombiano, Anita ou Nuestra casita). La nostalgie n'est pas mielleuse, juste une bonne excuse pour garder l'espoir de vivre encore des jours heureux. La durée dans le documentaire est celle de la sagesse, celle qui découle des rencontres, retrouvailles, retours, et celle des événements sombres ancrés dans le cœur des habitants. Mais, les femmes, filmées de face ou de profil, toujours au centre des plans, parfois même atteignant la hauteur des voix sacrées en off, sont appréciées dans leurs gestes quotidiens, dans leurs pensées sur la vie. Un chignon est habilement executé à vous en donner le vertige, la coquetterie toujours présente, la cuisine authentique, les parties de cartes gaies, la danse heureuse, le chant coquin, la joie débordante et la tristesse fidèle. Tout est précieux. Elles prennent soin d'elles et des autres. Certaines, si âgées soient-elles, sont le futur de la Colombie : des exemples à suivre. Elles apportent une dimension éternelle et lumineuse de l'Humanité : celle qui embrasse l'autre, celle qui croit en la vie, celle qui dit « vive la jeunesse » à quantre-vingts ans !

Colombia lunera ou celle qui brille toujours

L'esthétique du documentaire est soignée, propre, naturelle. Tant dans les plans serrés que larges rien est laissé au hasard. Jericó s'offre à nous pour la beauté du geste. Avec ou sans figuration, les plans sont autant de fenêtres ouvertes sur le charme discret de Jericó. Les voix en off sont posées sur des voilages agités par l'air qui se fraie un passage, aussi mesuré que la caméra, entre les habitants, les rires, les larmes, les récits de vie, de voyage et les dernières volontés. Un chat à la fenêtre, les pas lents de ceux qui prennent le temps de construire de la beauté. Une jeune fille fabrique, méticuleusement, tout le long du documentaire, son cerf-volant aux milles couleurs, clin d'oeil à la fête traditionnelle du cerf-volant et métaphore de la vie. Jericó est la terre des artistes et des poètes (Cf. José María Ospina, Oliva Sossa de Jaramillo, Dolly Mejía, Hugo Martínez, Julio Toro, Juan Bautista Jaramillo Mesa, José Gómez Montoya, Carlos Eduardo Mesa, Manuel Mejía Vallejo ou encore Darío Lemos réunis dans le livre de Catalina Mesa et de Esther Pardo Herrero, El infinito vuelo de los días, Almácenes Exito).

Jericó est un documentaire engagé, un patrimoine, réalisé par Catalina Mesa, jusqu'au vol infini des jours...

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