Le 21 novembre 2007, Fernando Fernán Gómez nous quittait. Né par hasard à Lima, en 1921, au cours d’une tournée théâtrale de sa mère (restée célibataire, sa vraie grand-mère, la grande actrice María Guerrero, s’étant toujours opposée à un mariage de son fils avec une comédienne…), il ne put récupérer la nationalité espagnole que très tard.
Trop âgé pour oublier mais trop jeune pour combattre, il étudie pendant la Guerre la déclamation sous la direction de Carmen Seco à l’École des Acteurs de la Confédération Nationale du Travail. Cela lui permet d’obtenir de petits rôles alimentaires dans la difficile post-guerre, avant de débuter au théâtre sous la direction de Jardier Poncela en 1940, au cinéma en 1943 sous les ordres de Ladislao Vajda, Luis Marquina, Ignacio Farrés Iquino, Juan de Orduña, Ramón Quadreny… et d’être dirigé en 1951 par le communiste Juan Antonio Bardem et par l’anarchiste Luis García Berlanga dans Esa pareja feliz, véritable comédie se riant des modèles dominants et seule critique acceptée par le régime.
Malgré cette furtive intrusion, et comme ses deux autres camarades Francisco Rabal et Fernando Rey, Fernando Fernán Gómez devra tourner pour les proches du régime comme Rafael Gil, José Luis Sáenz de Heredia, Edgar Neville, José Antonio Nieves Conde ou Antonio Ruiz Castillo et devra attendre 1972 avec Ana y los lobos de Carlos Saura et 1973 avec El espíritu de la colmena de Víctor Erice pour assumer des rôles plus conformes à son idéologie. Parmi les plus remarqués citons Pim, pam, pum… ¡Fuego!, El anacoreta, Mamá cumple cien años, Feroz, Los zancos, La corte de Faraón, El rey pasmado, Belle époque, El abuelo, La lengua de las mariposas, Todo sobre mi madre, Visionarios, En la ciudad sin límites, El embrujo de Shangai, Para que no me olvides… En tout près de 180 films.
D’autre part, il ne peut concevoir qu’un comédien ne soit aussi présent sur les planches. Pendant plus de cinquante ans il va interpréter des pièces de Bernard Shaw, de Mihura, de Tolstoï mais aussi d’André Roussin, s’attirant à cette occasion le mécontentement des puristes. Il veut monter Macbeth, Oncle Vania et l’Alcalde de Zalamea : les producteurs ne suivent pas et les projets restent dans les cartons… Lassé, il abandonne la discipline en 1992.
Mais être comédien ne lui suffit pas et son désir d’écriture l’amène à devenir scénariste et metteur en scène dès 1952 avec le drame Manicomio (tout en interprétant un rôle et en en confiant un autre à Camilo José Cela). Suivront en 1958 le néoréaliste La vida por delante, quelques drames et comédies jusqu’à l’étonnant El extraño viaje, film fortement marqué par sa propre griffe à partir d’une intrigue policière dans un village castillan. Il abordera l’exil avec Ninette y un señor de Murcia, avec El mar y el tiempo, la Guerre avec Mambrú se fue a la guerra et la République avec Mi hija Hildegart. Mais El viaje a ninguna parte restera sans doute l’œuvre cinématographique la plus personnelle, adaptation de l’un de ses romans. Il écrit un scénario et dirige un film où la part autobiographique prend toute sa place : les aléas d’une troupe de théâtre en tournée dans les villages d’Espagne de la post-guerre.
Autre forme d’écriture également, celle de l’auteur dramatique dont l’apothéose est sûrement l’obtention en 1977 du prix Lope de Vega pour Las bicicleta son para el verano (que Jaime Chávarri adaptera au cinéma en 1983) qui ne restera à l’affiche à Madrid qu’une semaine au Centro Cultural et un mois et demi à l’Español.
Ajoutons à cela une dizaine de pièces et de nombreux romans, dont le remarquable El tiempo amarillo, l’autobiographie de ce comédien qui dut traverser « ces temps dits de silence ».
Ours d’Argent puis d’Honneur à Berlin, Grand Prix National de la Cinématographie du Théâtre, titulaire de cinq Goyas, du Prix du Prince des Asturies des Arts et des Lettres, membre de la Real Academia depuis 1997 (titre dont il était sûrement le plus fier), il n’a jamais abandonné ses idées libertaires, même s’il pensait que si ces dernières triomphient, elles n’aboutiraient peut-être pas à un régime lui convenant. Son cercueil, exposé au public au Teatro Español, accompagné de jazz, de flamenco et de tango, genres qu’il adorait, sera revêtu d’un drapeau rouge et noir.
Manuel Rodríguez Blanco (publié initialement de le catalogue du Festival Cinespaña 2008).
![]() |
Tout sur ma mèreUn film de Pedro Almodovar avec Cecilia Roth, Marisa Paredes, Candela Pena, Penélope Cruz, Fernando Fernán Gómez. Sortie le 19 mai 1999.
|
![]() |
L'Esprit de la rucheUn film de Victor Erice avec Ana Torrent, Isabel Telleria, Fernando Fernan Gomez, Teresa Gimpera, Ketty de la Camara, José Villasante. Sortie le 6 février 2008.
|
![]() |
La Langue des papillons (vo)Un film de José Luis Cuerda avec Fernando Fernán Gómez, Manuel Lozano Opispo, Uxia Blanco, Martin Uriarte, Alexis de Los Santos. Sortie le 14 mars 2001.
|
![]() |
Fernando Fernán GómezPortrait Fernando Fernán Gómez est mort à 86 ans après avoir arpenté pendant un demi-siècle les planches des théâtres et les plateaux de tournage. On retiendra de lui son humour, son engagement politique, et son interprétation dans plus de 180 films ! |
![]() |
¡ Adiós pelirrojo !Actualité Un hommage à Fernando Fernán Gómez, l'un des acteurs et réalisateurs du cinéma espagnol les plus talentueux de sa génération. |
![]() |
L'Esprit de la rucheA l'affiche Ana vit avec ses parents et sa sœur Isabel au cœur de la pauvre Castille des débuts du franquisme. Une lourde épreuve l’attend. Erice présente ici un véritable conte en forme d’hommage au cinéma. Un film épuré, révolté, grave et sensitif. |