Carmen (García) Maura est sans aucun doute l’une des actrices espagnoles les plus douées de sa génération. Dès sa naissance, le 15 septembre 1945 à Madrid, tout dans ses patronymes semblait annoncer l’aura du succès comme le corroborent son homonyme, l’héroïne sévillane de la nouvelle de Prosper Mérimée et sa prestigieuse ascendance : un arrière-grand-oncle président de la Real Academia Española, une parente, Constancia de la Mora Maura, écrivaine féministe et communiste, cousine de Jorge Semprún. Cependant, malgré les apparences, tout ne fut pas si simple pour cette actrice polifacétique. Après s’être brouillée avec les siens (la carrière de la femme c’est le mariage !), après avoir divorcé et s’être vu retirer la garde de ses enfants par un mari vengeur, Carmen Maura a fait ses classes dans le théâtre amateur où elle a su développer un sens aigu de la comédie, qu’elle portait déjà en elle depuis sa plus tendre enfance.
Contrairement aux idées reçues, Carmen Maura n’est pas une actrice labélisée Almodovar, « Ni chica… ni Almodóvar », déclarait-elle dans un récent article du journal El País en date du 22/07/09. Après avoir débuté dans le Septième Art en 1969 dans un film de Carlos Serrano, Las gatas tienen frío, dans un rôle mineur d’une seule réplique, Fernando Colomo, un jeune réalisateur d’alors, lui confie son premier grand rôle dans Tigres de papel (1977), une comédie de la Transition démocratique. Un an plus tard, elle tournera à nouveau pour ce même réalisateur aux côtés de Félix Rotaeta dans un film plus célèbre pour sa chanson au titre éponyme ¿Qué hace una chica como tú en un lugar como éste ?, que pour sa renommée. Dans l’entourage de Colomo figure un jeune homme farfelu et atypique, Pedro Almodovar. Très vite Carmen Maura et lui sympathisent et s’adorent (1978). Ils ne vont plus se quitter et ce sera le début d’une des collaborations les plus fructueuses du cinéma ibérique : Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón (1981), Entre tinieblas (1983), ¿Qué he hecho yo para merecer esto ? (1984), film dans lequel elle se fait remarquer pour la première fois. Elle y joue Gloria, une femme de ménage dépressive et courageuse qui se gave d’amphétamines afin d’assumer le quotidien d’une famille pauvre et d’un mari couard. Mais c’est en 1986, dans La ley del deseo aux côtés du regretté Eusebio Poncela, qu’elle crève véritablement l’écran en y interprétant Tina Quintero, une transsexuelle (sujet très osé pour l’époque), époustouflante de sincérité, de sensibilité et surtout de sensualité. Ce long-métrage lui vaudra d’ailleurs des éloges multiples quant à sa prestation de grande qualité et d’une véracité surprenante. La critique américaine sera du reste dithyrambique. Une star venait de naître.
Son sixième long-métrage avec Pedro Almodovar, Mujeres al borde de un ataque de nervios (1987), signera son couronnement. Elle est Pepa Marcos dans un vaudeville à l’américaine revisité à la sauce espagnole de la Movida. Initialement le film devait être une adaptation de La voix humaine de Jean Cocteau. Dans cette « alta comedia », elle fait montre de tout son talent interprétatif en passant par les états les plus divers et signe une superbe performance d’actrice. C’est à l’évidence son film le plus commercial ; il a rapporté de gros bénéfices au box-office à telle enseigne que les Américains ont voulu réaliser un remake (avec Jane Fonda), perspective abandonnée par la suite. Sa performance d’actrice prend tout son sens lorsqu’on se penche sur l’ambiance détestable du tournage, sous haute tension, en partie due aux répliques assassines du réalisateur manchègue. La rupture sera consommée peu après et les « deux meilleurs ennemis » ne se reparleront plus pendant dix-sept ans.
Entre-temps, Carmen Maura se délivre peu à peu de cette étiquette almodovarienne qui lui colle à la peau. Une nouvelle étape s’amorce. Elle tourne avec le grand réalisateur Carlos Saura une adaptation de la pièce à succès de José Sanchis Sinisterra, ¡Ay Carmela ! (1989). Le film a pour cadre la Guerre Civile espagnole et le front d’Aragon au printemps 1938. L’actrice montre une nouvelle facette de sa persona en y incarnant une comédienne ambulante tragi-comique : elle chante, danse, joue, rit, pleure et meurt. Le film est poignant et c’est une réussite notoire saluée par son second Goya (le premier ayant été décerné pour Mujeres…). Son pari est gagné ; dorénavant elle a cessé de n’être qu’une « Chica de Almodovar ».
A 64 ans et plus de cent films, Carmen Maura a une filmographie pléthorique. Elle a joué avec les plus grands, elle a incarné la femme libérée, l’amante, la sœur, la mère et la grand-mère et c’est en partie sur cela que repose sa popularité. Elle est simple et sympathique, elle parle aux gens, qui l’aiment en retour. Elle a su s’imposer avec le temps comme l’une des plus grandes actrices espagnoles, aux côtés de noms illustres tels que Sara Montiel, Lola Flores, Imperio Argentina. Elle a fait montre d’un talent pluriel. Elle incarne l’actrice comme signe culturel de son pays. Faite Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres par la France en 1996, elle reçoit en 1999 en Espagne, la Médaille d’Or du Mérite des Beaux-Arts ainsi que son troisième Goya pour La Comunidad (Mes chers voisins) en 2000. Primée à Cannes, elle reçoit avec ses compatriotes le prix d’interprétation féminine pour Volver (2006) avant de se voir décerner la Médaille d’Or pour l’ensemble de sa carrière en juillet 2009 par l’Académie du cinéma espagnol. A la veille de la sortie de Tetro, film tourné en Argentine qui décrit la vie d’un immigrant italien (la vie de Coppola lui-même) dans les milieux artistiques et où elle tient le rôle du professeur, mentor de Tetro (elle a d’ailleurs remplacé au pied levé Javier Bardem pour qui le rôle était prévu), nul doute que Carmen Maura a encore de très beaux jours devant elle et qu’elle surprendra encore ses fans de la plus belle heure. ¡Viva la Carmen Maura !
Article proposé par Esteban Dormoy (auteur d'un mémoire de Master sur Carmen Maura dont vous pouvez trouver des extraits sur son blog)
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Femmes au bord de la crise de nerfsUn film de Pedro Almodovar avec Rossy de Palma, Guillermo Montesinos, Chus Lampreave, Carmen Maura, Antonio Banderas, Victoria Abril. Sortie le 1988.
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TetroUn film de Francis Ford Coppola avec Vincent Gallo, Alden Ehrenreich, Maribel Verdú, Klaus Maria Brandauer, Carmen Maura, Rodrigo De La Serna. Sortie le 23 décembre 2009.
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ReinasUn film de Manuel Gomez Pereira avec Veronica Forque, Carmen Maura, Marisa Paredes, Mercedes Sampietro, Unax Ugalde. Sortie le 18 août 2006.
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Mes chers voisins (extrait)Un film de Alex de la Iglesia avec Carmen Maura, Eduardo Antuna, Maria Asquerino, Jesús Bonilla, Marta Fernandez Muro. Sortie le 7 mars 2002.
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800 ballesUn film de Alex de la Iglesia avec Sancho Gracia, Angel de Andres Lopez, Carmen Maura, Eusebio Poncela, Terele Pavez. Sortie le 14 avril 2004.
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Volver (extrait 1)Un film de Pedro Almodovar avec Penélope Cruz, Carmen Maura, Lola Dueñas, Chus Lampreave, Yohana Cobo, Yolanda Ramos, Antonio de la Torre. Sortie le 19 mai 2006.
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Volver (BA)Un film de Pedro Almodovar avec Penélope Cruz, Carmen Maura, Lola Dueñas, Chus Lampreave, Yohana Cobo, Yolanda Ramos, Antonio de la Torre. Sortie le 19 mai 2006.
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TetroA l'affiche C'est seulement en voyant Tetro que l'on comprend la démarche de Coppola. Celle d'un réalisateur qui a le courage de se détacher de son mythe et qui expérimente sans avoir peur de paraître puéril. |
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Carmen MauraPortrait Contrairement aux idées reçues, Carmen Maura n’est pas une actrice labélisée Almodovar. A 64 ans et plus de cent films, l'actrice espagnole a une filmographie pléthorique. Elle a joué avec les plus grands et a incarné de multiples rôles... |