Yo, también ou l´amour sans limites.

« L 'amour, c'est quand la différence ne sépare plus. »  ( Bourbon Busset)
 
Après le court-métrage Uno más, uno menos (2002) qui aborde le thème du handicap à travers le personnage de Lourdes, jeune femme atteinte du syndrome de Down, c´est avec Yo, también qu'Álvaro Pastor et Antonio Naharro persistent et signent avec un film réaliste et sincère, empreint d´émotion et d´humanité. Récompensé au dernier festival de San Sebastián et à la cérémonie des Goya, ce premier long-métrage ne se contente pas de dresser un portrait, il est un manifeste en faveur du seul sentiment capable d´abolir toutes les frontières : l´amour.

Yo, también - un film d'Álvaro Pastor et Antonio Naharro avec Lola Dueñas, Pablo Pineda, Isabel García Lorca, Pedro Álvarez Ossorio, Antonio Naharro. Drame. Espagne. 2008. 1h 43min. Sortie cinéma le 21 juillet 2010.

Yo, también : deux mots séparés par une virgule, tel un pont entre deux mondes. Celui du handicap qui isole, inspire la pitié ou la curiosité et celui de la normalité, subjectif et aux contours imprécis. Sur ce pont, se trouvent 2 hommes qui ne font qu´un : Pablo Pineda, 35 ans, premier trisomique à avoir obtenu un diplôme universitaire en Espagne et le personnage qu´il incarne dans le film, Daniel Sanz, son double fictif.

Désireux d´être accepté socialement, Daniel commence à travailler à Séville dans l´administration où il fait la connaissance d´une de ses collègues, Laura (Lola Dueñas), une fille « normale » mais totalement « down » qui fuit son passé douloureux en menant une vie de débauche. La solitude et les conflits intérieurs rapprochent ces deux protagonistes aux vies contrastées et une forte complicité naît entre eux. Les choses se compliquent pour Laura et pour les proches de Daniel dès lors que celui-ci tombe amoureux d´elle…Aux yeux de tous et même pour Laura, l´histoire est impossible. Sauf pour Daniel qui, entre moments d´abattement et lueurs d´espoir, croit en son rêve.

Le film pourrait en rester là, ne proposer que cette vision intimiste voire tomber dans la sensiblerie. Pourtant tel n´est pas le parti pris des deux réalisateurs en choisissant de faire graviter autour des protagonistes d´autres travailleurs sociaux, le frère de Dani (interprété par Antonio Naharro) et sa femme qui donnent des cours de danse à des jeunes atteints de trisomie 21. L´alternance entre l´histoire de Daniel et Laura et les plans consacrés aux danseurs nous renvoie à une nouvelle dualité et fait cohabiter deux genres : la fiction et le documentaire qui s´enchevêtrent à travers une autre histoire d´amour racontée en parallèle, celle de deux élèves de l´école de danse. Les plans où la danse est à l´honneur font émerger dans le film les thèmes de la sensualité et de la découverte du corps pour aboutir, avec la narration des deux idylles, à la question de la sexualité. Si le jeune couple trisomique connaît d´innombrables difficultés pour vivre sa relation pleinement, Daniel se heurte à l´incompréhension et au rejet des gens « normaux » lors qu´il clame haut et fort à l´entrée d´un lupanar : « Soy un hombre ».

Mais qui est prêt à assouvir les désirs d´un homme marqué par la différence ? On laissera au spectateur découvrir lui-même la réponse.

Ainsi, la dualité déclinée tout au long du film  (deux mondes, deux personnages, deux histoires d´amour) atteint son paroxysme avec le passage d´une ville à une autre. D´abord Séville, lieu de rencontre de Daniel et Laura où leurs vies sont mises face à face comme en témoigne la scène sur le pont du Guadalquivir. Puis Madrid, la ville du renouveau où ils abolissent les différences, prennent chacun un nouveau départ. La ville en somme où le « Je » deviens un(e) autre.

Álvaro Pastor et Antonio Naharro n´auraient pu gagner le pari de rendre cette histoire crédible sans Lola Dueñas, qui nous avait déjà émus avec le rôle de Rosa dans Mar Adentro et Pablo Pineda, dont c´est le premier rôle dans un projet de fiction. L´alchimie entre les deux personnages opère et contribue en grande partie à la réussite du film. Malgré tout, les acteurs secondaires sont absolument indispensables pour rendre l´histoire la plus vraisemblable possible. Finalement, et en hommage à Borges, dont les thèmes du double et de la dualité inondent l´œuvre, Álvaro Pastor et Antonio Naharro parviennent à saisir à l´écran « un seul moment : celui où l'homme sait une fois pour toutes qui il est. »

Article proposé par Emilie Parlange.

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