Dans un petit village de la Mancha, des femmes s'appliquent à nettoyer, astiquer les tombes avec énergie, sous un vent qui semble de feu. C'est sur ce plan séquence, aride et légèrement décalé, que s'ouvre le film, d'emblée loin des clichés movida-esques, érotiques et urbains auxquels on a pu être parfois tenté de réduire le cinéma d'Almodovar.
Rapidement, nous découvrons Raimunda – éclatante Penelope Cruz – et l'histoire familiale qui la lie au village. La jeune femme, sa fille adolescente, sa sœur et leur vieille tante, la voisine Augustina composent un quintet dont le chef d'orchestre va réapparaître: la mère, Irene – mordante, tendre Carmen Maura – revient d'entre les morts, où l'avait envoyé un incendie aux causes troubles.
Dans cet univers exclusivement féminin, dont les hommes sont violemment rejetés, Almodovar poursuit le questionnement sur la filiation et la mort dont rend compte son cinéma, progressivement purgé du principe masculin et de la sexualité.
Demeure dans Volver, à défaut de l'exubérance sexuelle, hystérique et électrique de ses premiers films, une exubérance plus mûre, celle des sentiments, et de la narration dans quoi P. Almodovar est passé maître. Si l'histoire est parfaitement abracadabrante, l'enchaînement des faits et des circonstances, lui, est impeccable, l'ambiguïté savamment maintenue entre fantastique et réalisme, film noir ou fleur bleue. La force des sentiments, la propension aux gros plans de visages de femme éplorée, pour exagérées qu 'elles soient, sont le fruit de cette histoire, et s'en accommodent habilement.
Le film ne donne donc jamais l'impression d'être ironique à l'égard de ces sentiments exacerbés. Il est pourtant plein d'humour, mais d'un humour premier degré, bienveillant, auquel on adhère de bon gré (ainsi du retour de la mère, trahi par l'odeur de ses pets), un humour noir bon enfant.
Cette légèreté, mêlée aux thèmes graves du meurtre et de l'inceste, semble être ce qui permet de les interroger avec plus de profondeur.
Un film magnifique donc, parce qu'il fait tomber nos contemporains réflexes à ne goûter que l'ironie et le cynisme.
Auriane Bel
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