Todos Estamos Invitados - Un film de Manuel Gutiérrez Aragón avec Óscar Jaenada, José Coronado, Iñaki Miramón, Vanessa Encontrada, Adolfo Fernández. Drame. Espagne. 2007. 1h 35mn. Sortie exclusivement en Espagne, le 11 avril 2008.
« Tu les as aimées les kokoxas [joues de morue fraîche] Xavier ? Parce que ce sont les dernières que tu mangeras de ta vie... » Xabier Legazpi, professeur d’université à San Sebastian, reçoit avec stupeur sa sentence de mort de la bouche d’Imanol, pourtant l’« ami » de la cuadrilla [bande de copains], avec qui il se retrouve régulièrement - comme il est de coutume dans les sociétés gastronomiques basques – pour un dîner entre hommes. Ses idées (il dénonce publiquement la violence de l’ETA dans les médias nationaux) ne plaisent pas aux milieux ultra nationalistes basques auxquels appartient Imanol. L’avertissement est sans appel. Pendant ce temps, un autre drame se joue en parallèle, celui de Josu Jon, petite frappe à la solde de l’ETA, devenu amnésique à la suite d’un accident de voiture alors qu’il tentait d’échapper à un barrage policier et que son passé rattrape dès sa sortie de l’hôpital. Xabier et Josu Jon évoluent dans un microcosme écrasé par les non-dits qu’engendre la peur: le professeur d’université voit tous ses amis détourner le regard (ils nient avoir entendu la menace d’Imanol) et la police l’abandonner (« la meilleure protection est de se taire, Señor Legazpi »). De son côté, Josu Jon ne parvient pas à savoir qui il a été avant l’accident... Le destin de ces deux hommes trouve en la personne de Francesca un point commun inattendu: elle est à la fois la petite amie de Xavier et la personne en charge de la réeducation de Josu Jon. C’est aussi elle qui incarne le dénouement surprenant du film...
Avec Todos Estamos Invitados, Manuel Gutiérrez Aragón dit avoir voulu refléter un aspect du terrorisme de l’ETA encore peu exploité par le cinéma européen (hormis quelques documentaires comme El Infierno Vasco de Iñaki Arteta ou la Pelota Vasca, la piel contra la piedra de Julio Medem): l’oppression à laquelle l’organisation criminelle soumet la société basque actuelle. « On ne peut pas parler de politique au pays Basque aujourd’hui. Cela fait trop peur. C’est une situation dictatoriale qui me rappelle celle du franquisme », affirme le réalisateur. L’idée du film a germé il y a des années, lorsque Manuel Gutierrez Aragón s’intéresse à un fait divers relaté dans la presse espagnole, celui d’un terroriste de l’ETA blessé par un garde civil et qui devient amnésique (il s’en inspirera pour créer le personnage de Josu Jon dans le film) : « j’y ai vu une métaphore », se souvient Manuel Gutiérrez Aragón. Puis, c’est en cotoyant des amis basques menacés (professeurs d’université, écrivains), qui vivent en permanence avec des gardes du corps, que le scénario prend forme. Manuel Gutiérrez Aragón se dit scandalisé par cette situation : « là-bas [au pays Basque, NdlR], on vit en regardant par-dessus son épaule. Ça fait partie du paysage. Il y a encore un fort soutient civil à l’ETA, surtout dans les petits villages », déplore-t’il.
Il tourne le film pendant la dernière trêve de l’ETA en 2006 (qui a duré neuf mois) et reçoit le soutien de la ville de San Sebastian. Mais c’est in-extremis... On saura plus tard que l’ETA a dérobé des armes le jour où le tournage a démarré.
Article proposé par Nathalie Pédestarres.