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Remake, un film de Roger Gual
Ce qui est fait n'est plus à faire C'est le Remake du film de toute une génération, mythique et désenchantée, que nous propose Roger Gual, avec ce long métrage souvent désopilant, sorti le 21 février dernier. La première séquence donne le ton: le vigile d'un centre commercial disserte sans discontinuer sur les coutumes supposées des chinois, enchaînant les lieux communs d'une manière désopilante, au grand damne de son collègue plus âgé, et vraisemblablement plus avisé. Ce n'est que par l'écran interposé de leur vidéo de surveillance qu'apparaîtra l'un des protagonistes du film: Max, irréductible (du moins le croit-on) soixante-huitard, qui occupe toujours la maison où, quelques décenies plus tôt, avait vécu une communauté hippie. Ses anciens membres s'y réunissent pour un week-end de retrouvailles, qui va s'avérer aussi celui de tous les règlements de compte. Le groupe des personnages, dont on suit les arrivées successives, compose une galerie de portraits qui est elle-même le portrait d'une génération, de deux même pour être exacte: les anciens hippies, plus ou moins en crise et plus ou moins dépressifs, et leurs enfants, irrésistiblement contemporains. Remake, présenté comme un drame, se distingue pourtant d'abord par son humour. De fait, c'est bien le procès d'une génération qu'instruit Roger Gual, qui s'est ici inspiré de sa propre expérience puisqu'il a lui-même vécu avec sa mère, enfant, dans une semblable communauté. Le procès s'instruit à l'intérieur du film, à travers les dialogues et dans les rapports entre les personnages, mais il transparaît aussi de la peinture qu'il nous est donné de voir de ces deux générations, en conflit tant entre elles qu'avec elles-mêmes. Car ce n'est pas tant le ressentiment qu'exprime le jeune Victor devant ses parents, que sa manifeste et profonde bêtise, son inculture, ses échecs, qui témoignent des désastres commis par la génération de ses pères. Parallèlement, ce ne sont par tant les regrets énoncés par ceux-là, que leur mal-être, leur caractère dépressif ou leur cynisme qui rendent compte de cet échec. Le verdict qu'énonce le réalisateur semble donc sans appel. Pourquoi un tel constat d'échec? Remake s'inscrit manifestement dans une jeune tradition de films qui traitent de la « parenthèse enchantée » aujourd'hui bien désenchantée. On songe, notamment, à l'excellent Les Invasions barbares du canadien Denys Arcand, beaucoup plus intello, plus distancé, drôle d'une autre façon, quand Remake est plus cruel, autocritique avec moins de recul, orgueilleux. Le fait est que, là où le film canadien analyse la perte du sens tant décriée par nos aînés ayant vécu la chute des idéologies, du point de vue d'intellectuels, Remake rend compte d'un état de fait, depuis un point de vue davantage moral que politique ou strictement analytique. Reste à saluer l'élégance d'une mise en scène intelligente : le prisme de l'écran de contrôle jouant allégoriquement sur les caractéristiques du monde moderne dans la première séquence est habile, l'insertion des films de la communauté, en genre de format super 8, offre un contraste de matière agréable et doucement nostalgique, les coupures entre les séquences par plans noirs parfois abrupts structurent efficacement les scènes, les plans rapprochés souvent, et les nombreux jeux de gros plans et de focus (motivés par ce huis-clos un peu oppressant mais jamais pathétique (quoi que ça le frôle quand-même à certains moments)) forment un ensemble sobre, qui ne tombe jamais dans l'esthétique gratuite. En définitive, c'est d'un film beau, drôle et intelligent qu'il s'agit, il faut donc courir le voir. Auriane Bel |
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