Icíar Bollaín est la petite fille chérie de l’Espagne. Elle a débuté à l’âge de quinze ans comme actrice dans le film de Victor Erice, El Sur, et dès lors elle n’a jamais quitté le monde du cinéma. Elle a grandit et changé sous les yeux des espagnols qui l’ont découverte en tant que réalisatrice en 1992 avec Baja Corazón.
Dans son dernier film, Mataharis, Icíar Bollaín s’intéresse, tout comme dans les précédents, aux femmes en choisissant un angle d’attaque original. Trois femmes, Eva (Najwa Nimri), Inés (María Vázquez) et Carmen (Nuria González) travaillent comme détectives privées dans une agence.
Alors que son couple est au plus mal, Eva part à la demande d’un vieil homme à la recherche d’un amour de jeunesse. Carmen, qui souffre d’un manque de communication avec son mari, cherche à prouver à un photographe que sa femme le trompe avec son associé. Enfin, Inés, la plus jeune, s’infiltre dans une usine afin de trouver des preuves qui permettraient de faire tomber les représentants syndicaux. Exercice périlleux lorsque l’on tombe amoureuse d’un des syndicalistes et qu’on adhère à ses positions.
On le voit, ces trois portraits de femmes illustrent les résonances qui s’établissent entre vie privée et vie professionnelle, ainsi qu’entre valeurs morales et « raison d’entreprise », et ceci avec plus d’acuité dans un milieu où l’on passe son temps à espionner la vie des autres.
Dans l’imaginaire collectif, Mata Hari est la plus grande espionne du début du XXème siècle, une femme forte au destin hors du commun. Dès lors, le titre a un fort pouvoir évocateur. Mais bien vite on se rend compte que tout cela n’est qu’ironie et que ces femmes ne sont ni fatales ni incroyables mais tout simplement communes. La poudre aux yeux lancée par le titre et la profession de ces femmes n’est en fait qu’un prétexte pour aborder le thème du film qui est la confiance. Bien sûr Icíar Bollaín n’a pas son pareil pour parler des femmes et le succès de ses précédents films (Hola ¿ estás sola ?, Flores de otro mundo, Te Doy mis ojos) ne laissait présager que du bon. Mais si l’observation fine que propose la réalisatrice des comportements humains est indéniable, on aurait aimé que Mataharis soit plus original et que le destin de ces trois femmes si attachantes soit moins prévisible.
Article proposé par Sonia Jemili
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