Les Yeux de Julia s'inscrit dans une série de films d'épouvante dont l'Espagne s'est faite le chantre depuis quelques temps. Forts du succès des « aînés » (Alejandro Amenábar, Álex de la Iglesia, Guillermo del Toro), de jeunes réalisateurs trouvent un écho favorable du côté des chaînes de télévision et des producteurs espagnols, avec parfois l'aide de leurs pairs. Del Toro a ainsi accompagné au scénario et à la production deux premiers films : L'Orphelinat de Juan Antonio Bayona et Les Yeux de Julia de Guillem Morales. Points communs à ces deux réalisations, le souci d'une mise en scène et d'un scénario complexe dans lequel le spectateur s'enfonce inexorablement. On reconnaît ici la patte du réalisateur mexicain dont le Labyrinthe de Pan reste à ce jour pour beaucoup un étalon de mesure.
Autres points communs à ces deux films, la présence de Belén Rueda comme actrice principale. Dans Les Yeux de Julia, elle incarne une femme atteinte d'une maladie oculaire qui s'aggrave au moindre choc émotionnel et l'entraîne progressivement vers la cécité. Son mari (Lluís Homar), essaye de la protéger en l'écartant de tout événement qui pourrait la bouleverser.
L'intrigue repose sur le suicide de Sarah, la soeur jumelle de Julia, elle aussi atteinte de cette maladie. Malgré le discours de la police et de son entourage, Julia refuse de croire à la thèse du suicide. Elle découvre la présence fantomatique d'un amant dans la vie de Sarah et décide de mener sa propre enquête. Elle poursuit alors cet « homme invisible » qui cherche manifestement à effacer ses traces.
L'originalité du récit s'appuie sur la multiplicité des points de vue qui vient contredire le discours de Julia et laisse le spectateur dans l'incertitude. Une structure narrative proche d'un thriller hitchcockien et déjà éprouvée avec talent par Alejandro Amenábar dans Ouvre les yeux ou Les Autres. A cela s'ajoute l'utilisation d'une caméra subjective qui se met à la place du regard de Julia et de sa vision déclinante. Belén Rueda joue avec une grande crédibilité le rôle d'une mal voyante puis d'une aveugle. Dans une scène saisisante, un couteau vient effleurer les globes oculaires de Julia/Belén Rueda sans que celle-ci ne cligne des yeux ni ne semble éprouver la moindre peur. On pense avec effroi à l'oeil coupé du Chien Andalou de Buñuel qui heureusement ne se rejouera pas cette fois-ci.
Malgré cette qualité d'interprétation, l'originalité de la mise en scène et une forme narrative intéressante, le réalisateur passe à côté de son sujet faute d'un scénario consistant. Le comportement invraisemblable des personnages (Julia, le mari, le policier, le personnel soignant...) et l'utilisation abusive d'ellipses rendent le film pénible et agaçant. Les Yeux de Julia est plus proche de « nanars » espagnols comme Eskalofrío ou Abandonnée que des films de référence mentionnés plus haut. A cette gabegie cinématographique, on préfère, sans commune mesure, la simplicité apparente mais jouissive des Rec ou le panache fantastico-drôlatique de Los Cronocrímenes.
Article proposé par Thomas Tertois.
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Les Yeux de JuliaUn film de Guillem Morales avec Belén Rueda, Lluis Homar, Julia Gutiérrez Caba, Pau Derqui, Joan Dalmau. Sortie le 22 décembre 2010.
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