Les Etreintes brisées - un film de Pedro Almodovar avec Blanca Portillo, José Luis Gomez, Lluis Homar, Penelope Cruz, Rossy De Palma. Drame. Espagne. 2009. 2h 09min. Sortie cinéma le 20 mai 2009, sortie DVD le 2 décembre 2009.
Un homme écrit dans l'obscurité. Cet homme qui s'appelait Matéo Blanco vit aujourd'hui sous le pseudonyme de Harry Caine. Pourquoi ? Parce que sa vie quinze ans auparavant a été brisée par un accident de voiture qui l'a rendu veuf et aveugle. Après cette rupture tragique, l'homme, ne pouvant plus exercer son métier de réalisateur, est devenu simple scénariste.
Comme l'évoque le titre, volontairement mis au pluriel, plusieurs histoires se mêlent et s'entremêlent avec fluidité. Dans cet entrelac, Pedro Almodovar se livre à une réflexion sur la création et la destruction, celle des oeuvres que l'on se doit d'achever, même la peur au ventre, même " à l'aveugle", comme le dit Matéo ( Lluis Homar ), héros d’une passion interdite.
N'est-ce pas le film qui commande ? La faute principale de Matéo n'est pas tant d'avoir séduit la femme d'un autre - celle d'un riche homme d'affaires et bailleur du film - que d'avoir préféré cette femme à son art ? Le destin l'a puni de façon exemplaire en le privant à la fois de la possibilité de poursuivre son métier de metteur en scène et de la femme qu’il aime, cette Léna campée par une Penélope Cruz plus glamour que jamais.
Récit d'un amour dominé par la fatalité, le dernier opus d'Almodovar joue sur la métaphore du montage d'un film comme symbole de la réalisation d'une vie. Riche en flash-back nourrissant le suspense autour du personnage central, la caméra ne cesse de nous offrir des plans somptueux qui confirment la maîtrise et la virtuosité du cinéaste ibérique et nous ensorcelle une fois de plus par la beauté formelle de ses images.
Certains ont reproché à Almodovar de s'être montré moins innovant que dans ses films précédents. Je ne suis pas d'accord. Etreintes brisées m'est apparu comme une oeuvre de plénitude, synthèse des acquis du passé, jouant de la référence ainsi que du magnétisme bien connu de l'auteur, et qui ne manque jamais de rendre hommage à ses maîtres, dont Rossellini auquel il adresse un clin d'oeil à travers l'évocation du Voyage en Italie.
Malgré quelques imperfections et en partie grâce à elles, le film est parcouru par une émotion constante. Principalement, par celle que provoque, même traitée au figuré, la conscience de l'artiste d'être un jour privé de la possibilité d'exercer sa vocation. Almodovar l'a cristallisée dans la cécité de Matéo Blanco. Mais, comme le dit l'un des héros, c'est le film qui reste au coeur du drame, drame personnel de l'amour fou qui, en fin de compte, ne parvient pas à se partager entre la femme adulée et l'art vénéré..
Article proposé par Armelle Barguillet (initialement publié dans La plume et l'image).