Retour vers la page d'accueil
Cria Cuervos un film de Carlos Saura Cria Cuervos un film de Carlos Saura

La jeune fille et la mort

Grand Prix du Jury au festival de Cannes en 1976, Cria Cuervos est l’une des pièces maîtresses de la filmographie de Carlos Saura. Un appel à sortir du cauchemar de 40 ans de dictature alors que, quelques mois plus tard, le Général Franco s’éteignait.

Le cinéma de Carlos Saura, période franquiste, est celui de la dissimulation. Comment mettre en image et dénoncer les affres de la dictature sans subir le joug de la censure ? Comment se construire des espaces de liberté dans un univers étriqué et univoque ? Telle sont les questions que le réalisateur s'est posé depuis son premier film en 1959, Los Golfos, jusqu'en 1975, date où il réalise Cria Cuervos, qui boucle le cycle franquiste du metteur en scène. « Les conditions particulières de notre pays, dit-il, les difficultés quasi insurmontables de dire les choses directement (...) m'ont obligé à chercher d'autres systèmes narratifs plus indirects ». Un cinéma de la métaphore ou de l'hyperbole que Cria Cuervos illustre parfaitement.

Ana nous fait partager, 20 ans plus tard, les souvenirs de son enfance et plus précisément ceux de l'été 1975. L'histoire est donc faite de flash-backs et la narration n'est pas linéaire, les associations d'idées nous faisant naviguer de façon aléatoire dans la mémoire d'Ana. Le montage est à ce titre essentiel pour juxtaposer des situations proches qui par « collage » font sens.

Ana nous dit qu'elle « ne comprend pas que l'on dise que l'enfance est une période heureuse ». En tous les cas, elle ne l'a pas été pour elle. Il est vrai que les situations auxquelles elle a été confrontée et les stratégies qu'elle a mises en place pour s'en protéger ont de quoi troubler. Il y a tout d'abord la mort de sa mère (d'un cancer...) qu’Ana attribue à son père Anselmo. Il y a aussi, quelques mois ou quelques années plus tard, la mort du père, au lit dans les bras de sa maîtresse Amelia, dont elle est le témoin. Ana pense même que c'est elle qui a tué son père en administrant dans son verre de lait un produit qu'elle croit mortel (du bicarbonate de soude...). Cette pulsion mortifère apparaît ici comme un acte de rébellion face à un environnement autoritaire et autarcique. Un acte de « résistance » qui prend encore plus de sens quand on sait qu'Anselmo est un militaire haut gradé du régime. Ana poursuivra cette posture « d'opposition » lorsque sa tante Paulina viendra s'occuper d'elle, de ses deux soeurs et de la grand-mère dans la maison familiale. Une tante stricte mais aimante que la jeune fille rejette.
La fameuse chanson de Jeannette « Porque te vas », qu’elle écoute en boucle, donne le ton à la mélancolie de cette fillette qui vit dans le souvenir chéri de sa mère.

D'un point de vue esthétique, l'image est d'une froideur quasi clinique ce qui relève l'état d'aliénation dans lequel se trouve Ana. L’absence de musique de fond accompagnant le film accentue cette idée d’isolement. A noter, les très bonnes interprétations de Géraldine Chaplin (mère d'Ana et Ana 20 ans plus tard) et d'Ana Torent (Ana).

Ce qui frappe dans ce film, c'est l'état de pourrissement des relations sociales qui ne sont maintenues que par les apparences. Carlos Saura attaque l'hypocrisie des conventions du régime. L'institution du mariage n'est qu'une chimère qui vole en éclat lorsque le désir se fait pressant (Anselmo-Amelia et Paulina-Nicolás). Le modèle patriarcal est présenté comme un lieu d'enfermement dans lequel sont jetées et enchaînées les femmes. L'homme, lorsqu'il est présent, est tyrannique, violent, obsédé. Carlos Saura exprime à travers cette histoire, l'état de déliquescence d'un régime qu'il jugeait déjà « mort avant la mort de Franco ».

Thomas Tertois

 

Fiche technique
Durée : 1h52
Année : 1976
Réalisation : Carlos Saura
Scénario: Carlos Saura
Production : Elias Querejeta Producciones, Cinematograficas S.L
Distribution : Carlotta Films
Sortie le 7 février 2007
Interprétation
Géraldine Chaplin, Ana Torrent, Conchita Perez, Juana Mayte Sanchez, Monica Randall, Florinda Chico, Hector Alterio, Josefina Diaz, German Cobos, Mirta Miller

Bande annonce
Cria cuervos (BA)
Cria Cuervos (extrait 1)

Liens internet
Site officiel de Carlos Saura
Dossier pédagogique sur Zero de Conduite




 

L'avis des internautes sur ce film

Nom
renato
Date
05/01/08
Message
ru quero cria foto
 

 Message 1 à 1 sur 1 avis laissés

 

Vous aussi, laissez votre avis sur ce film

Nom (pseudo)
Message

Accueil Actualité A l'affiche Dvd Livre Portrait Dossier