Amador : depuis quand a-t-on besoin de parfumer les fleurs ?

Si Amador ne s’éloigne pas du « cinéma social » adopté par León de Aranoa, ce film élargit sa palette. La vie, la mort, le tragique et le comique se retrouvent et se rejoignent dans cette œuvre pleine de tendresse et de cruauté à la fois. En bref toute en humanité.

Un dossier pédagogique proposé par Cinelangues est à télécharger.

Amador, un film de Fernando León de Aranoa avec Magaly Solier, Manolo Solo, Celso Bugallo, Sonia Almarcha, Priscilla Delgado. comédie dramatique. Espagne. 2011. 1h52. Sortie cinéma le 15 février 2012.
Amador, un film de León de Aranoa

Marcela est une jeune péruvienne qui a la vie devant elle. Pourtant, rien n’est simple dans cette nouvelle vie qu’elle est allée chercher en Espagne. Son couple bat de l’aile mais Marcela a décidé de ne pas quitter son mari parce qu’elle attend un « heureux événement »… Lorsque le réfrigérateur de la maison, qui permet au couple de vivre de la vente de fleurs, tombe en panne, Marcela est obligée de trouver un travail d’appoint pendant l’été. Elle s’occupera d’Amador ("celui qui aime"), un vieillard en fin de vie, qui ne quitte plus son lit. Entre cet homme plein de picaresque et la timide jeune femme se tisse une relation toute en complicité et lorsqu’Amador devine le secret de Marcela – sa grossesse – celui-ci la rassure : son enfant aura une place dans ce monde puisqu’il lui laisse la sienne et que la vie étant comme un puzzle, il suffit de savoir placer la pièce au bon endroit. Marcela ignore encore qu’elle va bientôt se trouver confrontée à un dilemme moral de poids auquel elle ne pourra pas apporter facilement de réponse…

Fernando León de Aranoa s’est rendu célèbre pour son « cinéma social » et notamment pour son film Les Lundis au soleil qui raconte l’histoire de quatre ouvriers au chômage en Galice. Amador est fidèle à cette tendance et aborde intelligemment plusieurs problèmes de société  : la vie ou plutôt la survie des immigrés Latinos à Madrid, eux-mêmes plus privilégiés que les « nègres » qui travaillent pour eux ; le racisme dont ils sont tous victimes; la fin de vie pénible des vieux, plus ou moins abandonnés par leurs enfants ; et aussi, la solitude au sein du couple. En même temps, le film dépasse de loin la chronique sociale pour rendre avec poésie toute l'épaisseur voire la beauté du quotidien, mise en relief notamment par les gestes lents et la profondeur du regard de Marcela. La fleur et le puzzle, métaphores du destin et de la vie, servent habilement de fils conducteurs tout au long du film. On retrouve également un thème cher à León de Aranoa, le mensonge "pour la bonne cause" qui nous rappelle Princesas où une jeune fille dissimule à sa famille qu'elle se prostitue, et surtout Familia dans lequel tous les membres d'une famille, sauf un, sont des acteurs/figurants.

On remarquera dans ce film le rapport si typiquement hispanique à la mort, au macabre, et cette forme d'humour noir qui lui est si souvent liée : les gestes de Marcela s'apparentent à une sorte de veillée funèbre parodique, qui ne glisse jamais dans le grotesque, et les dialogues avec la vieille prostituée que fréquente Amador sont également savoureux. On soulignera aussi l’excellent jeu des acteurs : Magaly Solier (Marcela) qui joue seule pendant une bonne partie du film sans jamais lasser le spectateur ; Celso Bugallo (qui incarnait déjà un Amador dans Les Lundis au soleil ) dont les remarques sont pleines d’humour et de bon sens ; Fanny de Castro qui joue son rôle de prostituée sur le retour à merveille… Mais, la force première du film tient à l’originalité avec laquelle certains sujets sont traités. Le racisme dont souffrent les Péruviens n’émane pas toujours des « autochtones » espagnols mais parfois de leurs compatriotes latinos. Et surtout, le dénouement du film est extrêmement inattendu et assez génial.

Article proposé par Marta Martinez-Valls.

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