Marieta, incarnée par Monica Cervera, est un travesti prostitué qui lutte contre les divers obstacles générés par l’ambiguïté de sa condition, sans jamais cesser d’aspirer à un futur meilleur.
La légèreté de la comédie musicale permet de ressentir son espoir en des lendemains plus harmonieux et fait contrepoids à la noirceur des conditions et des événements dans lesquels les personnages évoluent. Ses crises de narcolepsie lui permettent de s’échapper régulièrement dans des bulles de champagne légères et pétillantes, où Marieta se voit tour à tour en adolescente romantique sautillant sur les pavés de Cherbourg, en femme fatale dalidalisante, ou en Maria amoureuse mièvre et kitch de West Side Story. Mais la bulle de champagne ne dure qu’un temps et le retour à la réalité est toujours brutal et violent.
A la façon d’un tableau de Bruegel, nous voyons évoluer quantité de petits personnages, mais qui ici sont tous plus originaux et caricaturaux les uns que les autres. Ainsi nous voyons un nain, Thomas, le colocataire looser de Marieta, Raoul, son chevalier servant à moto, et la voisine du haut, Bertha, menacée de saisie et très occupée à entourlouper des mafiosi.
Au milieu de toutes ces personnes un peu perdues, Marieta apparaît comme le pilier fort sur lequel s’appuie son entourage. Derrière cette carapace, s’exprime le désarroi d’une personne perdue entre deux sexes et rêvant de n’être qu’une femme à la vie plus conventionnelle.
Comme chez Almodovar, les héros sont ici des femmes au profil tranché, des femmes fortes, qui tiennent à la fois le rôle de la mère, du chef de famille, de l’amie. De telles personnalités, à l’évidence, font de l’ombre à des rôles masculins assez falots.
On peut regretter la longueur des parodies musicales qui ne sont pas essentielles à la progression du film et certains seront troublés par une très grande influence, voir une proximité avec les films d’Almodovar.
Mais quant à nous, nous avons apprécié cette capacité de l’auteur à traiter de sujets douloureux avec une certaine fraîcheur et de l’humour, tout en évitant de tomber dans des descriptions glauques. Nous avons également aimé la façon dont sont traitées les histoires d’amitié et son coup de pinceau sur les petits bonheurs de la vie madrilène.
Les amateurs de gothique apprécieront le remixage de Marilyn Manson par Marieta et sa bande : une minute saisissante…
Bérgère et Babeth
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20 centimètresUn film de Ramon Salazar avec Monica Cervera, Lola Dueñas, Najwa Nimri, Juan Sanz, Rossy de Palma. Sortie le 12 octobre 2005.
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20 centimètresA l'affiche Avec 20 Centimètres, Ramon Salazar signe, dans la veine d’Almodovar, un portrait des bas-fonds de Madrid, du milieu de la prostitution et de la quête de l’identité sexuelle. |