![]() |
|||||||||||||||||
![]() |
Entretien avec Juan Antonio Bayona
"Le cinéma fantastique est une affaire de transgression"Juan Antonio Bayona est la nouvelle coqueluche du cinéma espagnol après avoir réalisé près de quatre million d'entrées avec son premier long métrage L'orphelinat. Un succès récompensé en Espagne par 14 nominations et 7 prix aux Goyas, et en France par le prix du meilleur film au festival du film fantastique de Gerardmer.Pourquoi un film de genre ?C’est l’étendue des possibilités offertes par le script de L’Orphelinat qui m’a poussé à le réaliser. Un projet doit être attirant au-delà du genre auquel il appartient. Ceci étant dit, il est vrai aussi que le cinéma fantastique est une école formidable, qui permet notamment de manipuler l’espace et le temps comme on le souhaite, ou d’utiliser certains mouvements de caméra avec une efficacité immédiate. En tant que metteur en scène débutant, cela vous donne un certain sentiment de sécurité. Mais ce qui fait la force d’un film, c’est toujours ce qui dépasse la question réductrice des genres : les thèmes sous-jacents, la qualité des interprétations, le degré d’implication vis-à-vis de ce que l’on raconte... Comment avez-vous retravaillé le scénario avec Sergio Sánchez ?C’était le plus compliqué. La première version a été écrite il y a dix ans, mais comme j’avais besoin de me l’approprier, nous l’avons pratiquement reprise à zéro. Ma première question a été : pourquoi Laura revient-elle dans la maison où elle a grandi ? Cette question a été la clef de tout le reste. L’Orphelinat est devenu un voyage vers le passé, l’histoire d’une régression, le portrait psychologique d’une femme qui se réfugie dans le passé parce qu’elle ne parvient pas à affronter le présent, et qui parvient finalement à s’échapper grâce à ses fantasmes. Par ailleurs, le challenge était de maintenir une certaine ambiguïté. Que l’on puisse revoir le film et l’apprécier sur un terrain réaliste, le regarder moins comme une histoire de fantômes que comme le portrait d’une femme qui perd la raison. S’en tenir à ce cadre est ce qui a rendu ce processus excitant. Les courts-métrages que vous avez réalisés sont bourrés d’influences américaines. Le style de L’Orphelinat est sans doute plus européen. Etait-ce une décision délibérée ?Que ce soit dans mes courts-m étrages ou dans L’Orphelinat, il y a un clash volontaire entre la réalité du monde tel qu’il est et une réalité que je qualifierais de plus hollywoodienne. Je prends un certain plaisir à me considérer comme le protagoniste de ce conflit, comme si je devais lutter en permanence contre le style hollywoodien et contre le poids des films qui me servent de références. La clé réside dans la façon dont on intègre ces références au récit. Par exemple, Carlos, le mari de Laura, l’accuse de se faire un film dans sa tête... Je ne sais pas si L’Orphelinat est plus ou moins européen dans son style, mais il représente un effort délibéré de ne pas ressembler aux films de genre que l’on fait de nos jours. Il ressemble davantage aux films que je regardais petit. D’une certaine façon, L’Orphelinat représente ma propre régression vers ces films que j’ai regardés pendant mon enfance. La difformité, le handicap et la maladie traversent tout le film. Pourquoi ?Le cinéma fantastique est une affaire de transgression. Il est censé nous emmener là où nous avons peur d’aller, il cherche à nous révéler des aspects de nous-mêmes que nous trouvons dérangeants. La difformité, le handicap et la maladie menacent notre stabilité. Il faut briser cet équilibre et le renverser. Et là, on a VRAIMENT peur. Qu’est ce qui est pire, la réalité ou le monde imaginé par Laura ? Par ailleurs, la maladie fait penser à la mort. C’est quelque chose que Laura doit apprendre à affronter. Comment expliquez-vous le succès des films de genre espagnols et asiatiques, qui sont à l’opposé des films américains, souvent gores et plein d’effets spéciaux ?A Hollywood, la direction artistique est devenue aussi importante que les stars. Les «executives» usent et abusent des effets spéciaux, du son et de la musique pour hypnotiser le public. C’est leur façon de cacher le manque de bons scripts. Ce n’est pas la faute du public. Des films récents comme Sixième Sens, Blair Witch Project ou Les Autres ont prouvé leur potentiel commercial sans en rajouter sur les effets spéciaux. (Extraits du dossier de presse) |
||||||||||||||||
| Liens Internet Site officiel Vidéos Bande-Annonce Extrait |
|||||||||||||||||