Est-ce que tu t’es inspiré d'êtres réels pour créer tes personnages ?
Je ne voulais pas que La Mosquitera soit un film réaliste. Il s’agit donc d’une abstraction, d’une exagération de situations qui peuvent réellement se passer, car je tenais à ne pas perdre le contact avec la réalité. Je ne voulais pas en faire une caricature : ce sont des situations qui peuvent se présenter dans la vie réelle, mais poussées à l’extrême. C’est pourquoi les personnages ne sont pas si étranges qu’ils ne le paraissent à première vue.
Comment as-tu fait pour écrire ton scénario et trouver un point d’équilibre, en travaillant sur l’humour notamment ?
Ma première intention était de faire une comédie, mais je me suis très vite aperçu que les frontières entre comédie et tragédie étaient assez floues. J’ai donc essayé de trouver un équilibre entre les deux, ce qui n’était pas évident : il a surtout fallu travailler avec les acteurs car, par moments, on bascule du drame à la comédie et inversement de manière très brusque. Je voulais avant tout que mes personnages restent humains même lorsqu’ils disaient des choses très absurdes. Le film est constamment à la recherche des limites, tant des personnages que des genres.
C’est également un film gênant....
Il y a une grande cruauté. Les personnages sont cruels, même s’ils sont obsédés par l’idée de bien faire. Ils se demandent toujours comment agir pour ne pas faire souffrir les autres et tous rêvent d’un monde exempt de souffrance, un monde protégé où la tragédie n’existe pas. En fait, leur problème vient de ce qu’ils n’acceptent pas le côté tragique de la vie et, du coup, ils ne vivent même plus leur vie tant ils sont obsédés par leur souci du politiquement correct. Et plus ils s’efforcent de bien faire, plus ils aggravent les choses, car ils ne sont jamais eux-mêmes.
Les parents de Miquel sont de drôles de personnages, eux aussi…
Le film exploite des sujets comme l’éducation, la prostitution, le sexe, la violence, la vieillesse… Les parents de Miquel sont vieux. Mais c’est surtout sur l’incommunication que j’ai voulu jouer. Les dialogues sont à la limite du théâtre de l’absurde, ce qui rend les situations comiques, alors qu’en réalité elles sont tragiques. Je crois que le film tout entier repose sur cette recherche d’un équilibre : des scènes qui commencent comme une comédie et s’achèvent en tragédie…
Pourquoi y avoir introduit tous ces animaux ?
Les animaux sont une sorte de miroir pour les membres de la famille : si ces derniers n’acceptent pas le côté tragique de la vie, ils doivent quand même assister à la mort de plusieurs animaux au cours du film. On leur donne donc à voir une vie animale, qui n’est pas la leur, puisque cette dernière est pur artifice ; en revanche, ils ne font rien, non plus, pour saisir leur chance et profiter de cette vie qui leur est offerte : ils la voient s’écouler sous leurs yeux.
Pourquoi ce titre ?
C’est une référence à une séquence du film. Alicia rencontre son éditeur et lui parle d'un conte sur lequel elle travaille et dans lequel une petite fille ne veut pas faire de mal aux moustiques accrochés à une moustiquaire. L’ensemble des personnages est mu par ce même sentiment. La mère a projeté sur ce personnage le drame qui définit son propre fils et, globalement, tous les autres membres de la famille. Bien faire et ne faire souffrir personne. C’est une obsession dangereuse qu’il n’est pas facile de réaliser. Et d’ailleurs, c’est à cause d’elle que les personnages se feront beaucoup de mal au cours du film.
Propos recueillis et traduits par Marta Martinez Valls, d’après l’entretien d’Agustí Vila dans « Cinema 3 » (Televisió de Catalunya).
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La MosquiteraUn film de Agustí Vila avec Emma Suárez, Eduard Fernàndez, Martina García, Géraldine Chaplin, Fermi Reixach. Sortie le 19 octobre 2011.
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Agusti Vila - La Mosquiterainterview Interview d'Agustí Vila, le réalisateur de La Mosquitera, qui explique la frontière qu'il a réussi à instaurer dans son film entre comédie et tragique. |
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La MosquiteraA l'affiche Qui a dit que la vie était un long fleuve tranquille ? Ce n’est certainement pas la famille imaginée par Agusti Vila qui vous l’assurera : un fleuve, peut-être, mais tranquille, absolument pas. D’où l’intérêt de se protéger avec une moustiquaire... |