Une production en augmentation
172 longs métrages sont produits en Espagne en 2007 (22 de plus qu’en 2006). C’est le meilleur résultat enregistré depuis 25 ans et plus de 100 films sont d’ores et déjà au stade de la post-production pour l’année 2008. La bonne santé du secteur est liée à l’augmentation de la dotation du fonds d’aide à la production (Fondo de Proteccion), ainsi qu’à la participation financière accrue des télévisions. Le secteur des coproductions est également en pleine expansion. En 2007, 57 des 172 films produits sont des coproductions internationales, tournées principalement avec l’Argentine (19), le Royaume-Uni (10) et la France (8).
D’un point de vue qualitatif, la participation accrue des chaînes publiques et privées de télévision, liée au respect de la loi du 9 juillet 2001, orientent la production vers un certain formatage. Il n’est plus possible désormais en Espagne de produire un film avec un budget assez conséquent sans s’appuyer sur le financement des opérateurs télévisuels.
Côté institutions publiques, Carlos Heredero et Carlos Reviriego, respectivement directeur et rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma Espagne, les jugent incapables de soutenir les nouvelles tendance du cinéma espagnol comme le film de genre dont REC et L’Orphelinat sont les révélateurs, ou certains films à petits budgets comme ceux de José Luis Guerin (En la cuidad de Sylvia), Albert Serra (Honor de Cavaleria), Marc Recha (Jours d’août) et Jaime Rosales (La Soledad) qui obtiennent une forte reconnaissance dans les festivals internationaux. Avec une certaine inertie, les commissions d’aide persisteraient à promouvoir des films à caractère social qui ont fait recette dans les années 90 (ceux de Fernando Leon de Aranoa, Iciar Bollain…) mais qui peinent aujourd’hui à trouver un public.
Une fréquentation globale en baisse
En 2007, la fréquentation des salles de cinéma recule pour la troisième année consécutive. Cette baisse est, toutefois, plus contenue que dans certains autres pays européens. Avec 3,9 % de moins, les entrées s’établissent à 116,9 millions (121,6 millions en 2006). La baisse de la fréquentation se confirme pratiquement tout au long de l’année, à l’exception des mois de juin, juillet et décembre. La fin de l’année est particulièrement bonne avec une progression de 11,6 % des entrées. Conséquence de cette nouvelle baisse des entrées, l’indice de fréquentation moyen poursuit son recul et s’établit à 2,6 entrées par an et par habitant. Il reste, toutefois, parmi les meilleurs niveaux d’Europe. Soutenues par l’augmentation du prix moyen de la place, les recettes totales progressent de 1,2 % et passent de 636,16 M€ en 2006 à 643,74 M€ en 2007.
Un cinéma espagnol à la recherche de son public
Malgré les bonnes performances de L ’Orphelinat et de REC (4.3 et 1.3 millions d’entrées) la fréquentation du cinéma espagnol enregistre une chute de trois millions de spectateurs en comparaison à l’année 2006. Elle s’établit à 15,7 millions d’entrées avec une concentration de ces dernières autour des cinq plus gros succès espagnols qui cumulent un peu moins de 45% de la fréquentation.
Toujours en position dominante, le cinéma américain gagne 2,4 millions de spectateurs par rapport à l’année précédente avec près de 80 millions d’entrées au total.
Le cinéma européen tire aussi son épingle du jeu. les films européens comptabilisent 19,6 millions de spectateurs contre 11,9 millions en 2006, notamment grâce à la performance de Harry Potter et l’ordre du Phénix, À la croisée des mondes : la boussole d’or, la Vengeance dans la peau et les Vacances de Mr Bean. Les films britanniques passent ainsi de 7,6 millions d'entrées en 2006 à 14,6 millions en 2007 tandis que les films français se placent en quatrième position avec 2 millions de tickets vendus pour 1.8 % de part de marché.
Stabilisation du parc des salles
Après une période d’expansion qui a duré dix ans, suivie d’une baisse notable en 2006, le parc des salles se stabilise. À noter, toutefois, que le nombre de sites se réduit régulièrement depuis plusieurs années. 4 296 écrans sont recensés à la fin de l’année 2007, répartis sur 907 sites.
Tout comme en France, cette évolution du domaine de l’exploitation traduit la montée en puissance des multiplexes, généralement situés en périphérie des villes, qui concentrent le nombre des entrées. Les indépendants ont du mal à tenir face à ces grands groupes.
L’Espagne ne bénéficiant pas d’un réseau de salles Art et Essai, l’alternative à ces multiplexes se réduit à peau de chagrin. Cette situation a des conséquences directes en terme de diversité de l’offre. Des distributeurs ont du mal à placer des films en salles de réalisateurs pourtant reconnus comme Coppola, Wong Kar-wai, Gus Van Sant.
Sources : ICAA / CNC / Cahiers du Cinéma Juin 2008 n°635
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