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Affiche Jours d'Août

Jours d'Août

Un film de Marc Recha
Avec David Recha, Marc Recha, Mariona Ordóñez, Pere Subirana, Fina Susín
Drame | Espagne | 2006 | 1h33
Tristes Jours d'août
Le dernier film de Marc Recha procède d'une démarche intéressante, alléchante même; malheureusement, la réalisation pèche par son manque d'entrain, de conviction, ou tout simplement de substance, à trop vouloir en trouver.
C'est un film sans film que propose Marc Recha. Film sans film, d'abord parce qu'il raconte, si l'on peut dire, l'impossibilité du réalisateur à le faire. Cette mise en abyme, c'est-à-dire l'inclusion dans la mise en scène de son propre processus créateur, suscite un vif intérêt a priori, de même que sa dimension documentaire, proche d'un Journal intime à la Nanni Moretti, mais avec un sujet: le film sur le journaliste Ramon Barnils, que Marc Recha a en projet depuis des mois, et les vacances qu'il s'accorde quelques jours en août parce qu'il n'arrive pas à le faire. C'est donc d'une sorte de documentaire autobiographique qu'il s'agit, mais qui est tout de même une reconstitution, une construction, puisqu'à partir de cette expérience biographique, Marc Recha a re-tracé ces vacances, tout en faisant jouer aux acteurs de cette expérience leur propre rôle, à commencer par lui-même et son frère jumeau (David Recha), compagnon de route du réalisateur.

Le film se nourrit donc des anecdotes recueillies à l'occasion des recherches menées sur le journaliste en question. Du moins est-il censé s'en nourrir, car tel est le véritable problème qu'il pose: son cuisant manque de substance. Il en est de même de la chute, efficace en cela qu'elle boucle la boucle, et que c'est bien à la fin que le projet (dont Jours d'Août correspond à l'interruption) est censé commencer; mais elle ne réussit pas à légitimer le film. De ce mouvement déceptif somme toute passionnant sur le papier, Recha ne parvient pas à faire une matière, même pas tant crédible, que visible: le film procure un effroyable ennui.

D'abord, l'on ne comprend jamais cette affection que Recha porte au journaliste, dont on ne sait à peu près rien sinon qu'il est mort, qu'il était un ami sans être un proche, qu'il avait une conviction idéologique que le réalisateur ne parvient pas à décrire et échoue totalement à transmettre... et on comprend qu'il n'arrive pas à réaliser son projet initial, tant il peine même à l'expliciter.
Certes, la photographie est très belle, l'attention aux sensations, à la nature, aux sons est fine, sensible; mais ça n'arrive pas à être vraiment suggestif. Est-ce parce que rien n'est jamais motivé? Ne serait-ce pas surtout parce que Recha a cédé à un préjugé qui consiste à croire qu'il fallait une histoire à ce film? Si l'on en croit le stimulant article de Miguel Angel Lomillos ("La solitude d'un regard poétique dans le cinéma espagnol" in Le cinéma espagnol des années 90, Ed. La Licorne), c'est en cela, dans un cinéma suggestif, sensuel, tel qu'il apparaît dès El Cielo sube (1991), son premier long-métrage, que le réalisateur excelle. Or, dans Jours d'Août, à force de vouloir les y mettre de force, tous les éléments proprement narratifs semblent improvisés, juxtaposés malgré soi.

En exemple, on peut évoquer la ridicule disparition du personnage Marc Recha à peu près au deuxième tiers du film. Ses motivations narrative et psychologique sont nulles: le film ne parvient pas à conférer la dimension fantastique qu'il semble qu'il voudrait qu'on voie dans l'existence supposée d'un poisson fabuleux et terrible qui aurait pu enlever le personnage. Quant à ce dernier, il est toujours déprimé, sans qu'on y croie non plus qu'on nous en donne les raisons. La très fausse (puisque non motivée) intensité dramatique de la scène est soulignée par une insupportable musique de circonstance, et (c'est le cas de le dire puisque la recherche se fait en bateau) elle tombe complètement à l'eau.

C'est une voix off, celle de la soeur, qui « raconte » les événements de ce road-movie statique. A priori (et le problème de ce film encore une fois, c'est qu'il n'y a que les a priori qu'il suscite qui soient intéressants, plus cruelle est donc la déception à la projection) cette voix est une trouvaille plaisante, qui multiplie la perspective autobiographique et donne une petite dimension de saga familiale un peu romanesque, mais comme le reste, ça tourne court, car il n'y a qu'elle qui raconte un tant soit peu de choses, et ces choses sont bien superficielles ou superficiellement exploitées. En outre, Recha s'est autorisé, du fait de cette voix qui prend en charge la maigre petite portée narrative du film, à oublier les dialogues. Ce n'est pas tant qu'il n'y en ait quasi pas qui soit un problème, que leur caractère creux : ils se résument à des plaintes sans fondements établis énoncées par le protagoniste-réalisateur. On peut par ailleurs louer la discrétion de ce dernier: il a manifestement évité de se mettre en scène frontalement, et c'est en général son frère qui occupe le premier plan (il est d'ailleurs autrement plus photogénique); et bizarrement, cela rend encore plus difficilement supportables les quelques atermoiements qu'il s'autorise, encore une fois parce que leur fondement n'est jamais établi.

C'est donc avec une peine sincère qu'on est forcé d'entériner l'échec de ce film; c'est bien un comble, car c'est précisément l'échec du film au projet arrêté qui devait conférer à Jours d'Août son succés. Marc Recha, à force d'avoir voulu combler à tout prix l'aporie qu'il rencontrait dans son projet en cours, a raté la dimension puissamment évocatrice et comtemplative qu'il aurait pu donner à son film.

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